A la bourse de Francfort, vendredi 29 juin 2012.
 A la bourse de Francfort, vendredi 29 juin 2012. - Alex Domanski / Reuters

Céline Boff

 Promouvoir l’investissement en bourse auprès du grand public. C’est l’objectif du salon Actionaria, qui se tient ces vendredi et samedi à Paris, au Palais des Congrès. Le défi est de taille à l’heure où les Français s’avèrent plus que jamais fâchés avec les marchés financiers.

Depuis le début de la crise, la bourse de Paris a perdu 2,3 millions d'actionnaires individuels, selon une enquête réalisée par TNS Sofres (1). Au mois de mars, seuls 8,5% des Français détenaient encore des actions, contre 13,8% quatre ans plus tôt, en 2008. Résultat: la France ne compte plus que 4,1 millions d'investisseurs individuels, hors actionnariat salarié.

Et ce n’est pas prêt de changer puisque seuls 5% des Français se disent tentés par l’achat d’actions. Les résultats ne sont pas meilleurs parmi les actionnaires, puisque selon une autre enquête, réalisée par OpinionWay (2), plus d’un investisseur sur deux (58%) n’envisage pas d’injecter de nouvelles liquidités dans son portefeuille dans les six mois qui viennent… 

Succession de scandales financiers 

Investir en bourse offre pourtant des avantages reconnus par les actionnaires, qui mettent surtout en avant la réalisation de plus-values exonérées d’impôts (à l’intérieur d’un PEA) et les dividendes touchés régulièrement. Alors, qu’est-ce qui cloche? «Le risque. Lorsque la bourse a connu des envolées, certains Français se sont laissés tenter, mais quand les bulles ont éclaté, ils ont eu le sentiment de se faire avoir. Et ils ne reviennent plus», avance Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants.

Pour Jean-François Rérolle, spécialisé en évaluation financière et en gouvernance, «la succession de scandales financiers ces dix dernières années a probablement contribué» au rejet de la bourse par les Français. Il estime dans son blog que cette désaffection «a aussi été nourrie par les débats délétères sur les conflits d’intérêts dans les conseils ou sur les rémunérations des dirigeants de sociétés non performantes».

Les entreprises auraient pourtant bien besoin que les particuliers croient davantage en elles. Surtout au moment où les banques resserrent le robinet du crédit. Dans son Pacte pour la compétitivité présenté le 6 novembre dernier, le gouvernement reconnaît d’ailleurs ce manque d’épargne longue en France. «Mais il choisit malgré tout de favoriser l’épargne courte en relevant le plafond du Livret A et il envisage de durcir la fiscalité sur les actions, comme le montre le projet de loi de finances pour 2013», analyse Philippe Crevel.

Vers un plan d’épargne en actions spécialement destiné aux PME

La situation pourrait toutefois évoluer, puisque le gouvernement planche actuellement sur une réforme de la fiscalité de l’épargne et sur la mise en place d’un plan d’épargne en actions (PEA) spécialement destiné aux PME. Pour Philippe Crevel, un bon moyen de favoriser les investissements en bourse serait de relever le plafond du PEA, qui stagne à 132.000 euros depuis 2003, mais aussi de réduire la fiscalité de la poche actions des contrats d’assurance-vie.

Autre piste possible: le développement de l’actionnariat salarié. C’est ce que propose Havas Worldwide Paris, une agence spécialisée dans la communication financière, et InfoPro, l’organisateur du salon Actionaria, qui insistent par ailleurs sur la nécessité de mieux informer les Français, par exemple en «imposant aux intermédiaires financiers de proposer systématiquement à leurs clients, dès l’ouverture d’un compte titres, une formation minimale à la bourse».

(1) Enquête réalisée par TNS-Sofres-SoFia pour La Banque Postale et Les Echos, juin 2012

(2) Enquête réalisée par OpinionWay pour Actionaria, novembre 2012.