Les entreprises de taille moyenne, un moteur de croissance à booster

COMPETITIVITE Une étude menée par l'Essec et GE Capital révèle l'incroyable potentiel de ces ETM qui peinent pourtant à se développer en France...

Claire Planchard

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Entrepot à Beauvais du site Sarenza.com, ETM de 100 salariés qui realisait en 2011 80 millions d'euros de chiffre d'affaires soit 4 fois plus qu'en 2008.

Entrepot à Beauvais du site Sarenza.com, ETM de 100 salariés qui realisait en 2011 80 millions d'euros de chiffre d'affaires soit 4 fois plus qu'en 2008. — CHESNOT/SIPA

Pas besoin de longs discours, les chiffres parlent d’eux-mêmes: alors qu’elles ne représentent que 1,7% des entreprises en France, les 36.300 ETM françaises (de 10 à 500 millions de chiffres d’affaires) contribuent au PIB du secteur privé à hauteur de 28% et emploient 29% des travailleurs français (6,5 millions) !

Fort potentiel et forte résistance

Plus encore, elles démontrent une «résilience exceptionnelle à la crise», note Nicolas Glady, professeur à l’Essec et co-auteur de l’étude. Alors que les grands groupes français ont détruit 494.000 emplois entre 2007 et 2010, ces entreprises de taille moyenne ont augmenté leurs effectifs de 58.000 emplois. Leur «surperformance» est aussi criante, 75% d’entre-elles affichant des croissances entre 5 et 10% en cette période de morosité économique généralisée.

Ce potentiel colossal est le fruit de stratégies d’entreprise bien pensées. Parmi les principaux «secrets de leur réussite» identifiés par l’étude: un accent mis sur l’international, une culture managériale plus souple et adaptative ou encore des investissements mis au service de la croissance, notamment sur les processus innovants .

Autant de «garanties de succès et de résistance» qui sont toutefois loin d’être faciles à développer pour les entrepreneurs français. «Alors qu’en Italie le problème de financement domine et qu’à Londres c’est le recrutement qui est surtout difficile, les ETM en France sont confrontées à trois types de problèmes qui rend la situation plus complexe à résoudre», analyse Nicolas Glady.

Problèmes de recrutement et de financement

Parmi les principaux freins à leur essor, la culture centralisatrice française n’est pas des moindres. Qu’il s’agisse de la priorité accordée par les pouvoirs publics à l’émergence de «grands champions» économiques ou de la concentration des grandes écoles universitaires et de leurs réseaux de recrutement.

Concrètement cela se traduit par exemple par des «difficultés à recruter des profils très spécialisés ou de managers de capacité internationale face à la concurrence des grands groupes», note Nicolas Glady. Mais aussi par des difficultés à peser sur la réglementation, à l’inverse des «réseaux de grands patrons de CAC 40».

Mais le premier challenge pour assurer le développement de ces pépites économiques reste de résoudre le problème de l’accès au  financement. «Cela concerne d’abord le financement court terme du fonds de roulement», explique Patrice Coulon, directeur général délégué de GE Capital. «C’est un problème du quotidien d’autant plus préoccupant dans une période de crise qui s’inscrit dans la durée». Autre priorité: assurer le financement du développement à l’international. «Quand on envisage de s’implanter à l’international et de développer ses ventes à l’export, cela coûte cher. Les modes de financement qui existent aujourd’hui sont à la fois limités et trop spécifiques et au final on ne permet pas en France aux ETM qui ont l’appétit de sortir du territoire national de le faire aisément», note Patrice Coulon.

L’enjeu est d’autant plus crucial, selon lui, que les réussites les plus brillantes sont le fait d’ETM très développées à l’international et que les entreprises françaises toutes tailles confondues affichent un niveau d’exportation souvent inférieur à 10%. «Il y a un travail colossal à faire pour que cela porte ses fruits rapidement et pour que ces fameuses ETM puissent faire reposer leur activité sur plusieurs piliers, et non pas seulement national voir local», souligne-t-il.