Economie: Des Allemands vraiment exemplaires?

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Publié le 14 novembre 2012.

ECONOMIE - Alors que les critiques fusent Outre-Rhin sur le laxisme économique français, Jean-Marc Ayrault se rend jeudi à Berlin pour rencontrer Angela Merkel...

La France a-t-elle vraiment des leçons à recevoir de l’Allemagne? C’est ce que Berlin semble penser. Les cinq experts économiques qui conseillent le gouvernement ont même publié la semaine dernière un rapport sur les réformes à mener… dans l’hexagone. Une sollicitude qui irrite Paris au lendemain de l’adoption d’économies budgétaires et de la présentation d’un pacte de «compétitivité» sans précédent. Pendant ses deux jours de visite à Berlin, Jean-Marc Ayrault tentera donc d’expliquer à ses homologues allemands ses choix économiques et surtout pourquoi le salut de la France ne passe pas nécessairement par le modèle allemand.

Une croissance fragile

Sur le fond, le diagnostic est partagé par nombre d’économistes. «En mettant uniquement en avant l’excédent du commerce extérieur et la faiblesse du déficit allemands on se trompe d’indicateurs. Ce qui fait le bien être d’une population, c’est la croissance. Or on ne peut pas prendre comme modèle un pays qui fait moins de 1% de croissance. C’est bien en dessous de ce que font les Etats-Unis mais aussi de notre potentiel », analyse Christophe Strassel, professeur à l’Ecole normale supérieure et co-auteur de Le modèle allemand en question (Economica, 2005).

A l’heure où la zone euro entre dans la récession, le niveau d’activité allemand fait certes figure d’exception, mais il laisse aussi de plus en plus paraître sa fragilité. «Le modèle de l’Allemagne est relatif car elle ne peut pas s’en sortir seule : si ses partenaires européens vont mal, elle en pâtit directement car ils représentent la majeure partie de son excédent commercial », souligne Sabine Le Bayon, économiste spécialiste de l’Allemagne à l’OFCE.

Pis, selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié en janvier dernier, le succès économique allemand se serait largement fait sur le dos de ses voisins européens. En baissant drastiquement son coût du travail depuis le début des années 2000, l’Allemagne a gagné des parts de marché chez ses partenaires tout en les privant, par l’atonie de sa demande intérieure, d’un précieux débouché pour leurs exportations. « Ce qui a été bénéfique au niveau individuel ne l’est pas nécessairement au niveau collectif » résume Christophe Strassel.

Un modèle de compétitivité difficile à exporter

Pour les experts, la spécialisation dans l’industrie haut de gamme, autre facteur de croissance allemande, n’est pas non plus la panacée. «C’est une folie de vouloir copier en France ce modèle. On est dans le fantasme où tout le monde doit faire des Mercedes mais personne ne le fera aussi bien que les Allemands. La France a d’autres atouts comme son le tourisme ou le luxe auxquels l’Allemagne n’a pas accès», explique l’économiste Charles Wyplosz.

Quant à l’image vertueuse de Berlin en matière de déficit, elle doit aussi être relativisée. «Depuis le début de la crise, c’est le pays qui s’en est le moins mal sorti donc il est moins dégradé sur les marchés financiers», souligne Christophe Strassel. «Le pays est un converti récent à la discipline budgétaire. Cela explique en partie son zèle en la matière aujourd’hui», abonde Charles Wyplosz. Sans oublier que «la forte exposition de son système bancaire aux dettes des pays d’Europe du Sud» pèse comme « une épée de Damoclès sur ses comptes publics», note Sabine Le Bayon.

A en croire ces experts, c’est plutôt du côté du dialogue social allemand que la France aurait des leçons à tirer. «Malgré une croissance faible, les Allemands ont réussi à faire baisser le taux de chômage à 5,5% et à sauver des emplois en temps de crise, grâce à un recours massif au chômage partiel et à une grand souplesse dans les négociations sur le temps de travail et les rémunérations dans les entreprises», analyse Christophe Strassel. Une réussite qui s’est toutefois faite au prix d’une forte montée des inégalités, avec la multiplication des notamment petits jobs précaires. 

Claire Planchard
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