Premier salon du «Made in France»: «Acheter français est bon pour notre économie»

CONSOMMATION – Le «Made in France» n'est plus un simple thème de campagne, mais bien le fer de lance de la «troisième révolution industrielle française», souhaitée par Arnaud Montebourg. Il ne reste plus qu'à convaincre les Français d'acheter. Cela aussi est en bonne voie...

Bertrand de Volontat

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Le «made in France» est-il la priorité des Français?

Le «made in France» est-il la priorité des Français? — Sipa

Le «Made in France» n’a pas encore son rayon en grande surface mais il a déjà son salon. Se tenait en effet ce week-end à Paris le premier salon grand public dévolu aux produits fabriqués à 100% dans l'Hexagone qui accueillait 80 entreprises (fabricants de chaussettes, de polos, de bonbons, d'étylotests, de lunettes, de bijoux, des récoltants, etc). Cet événement s’inscrit au coeur de la campagne de sensibilisation nationale menée ces dernières semaines par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, prônant le «Made in France» comme le moyen d'enrayer la désindustrialisation du pays. Et ça marche. Les Français répondent présent. 20 Minutes a rencontré certains producteurs.

Acheter français, plus que de la consommation, un acte citoyen

«Les Français reprennent conscience de l'enjeu après des décennies de grande consommation sans prêter attention», explique Nathalie de Bonneville, la créatrice de la marque bretonne de chaussettes, Adèle, lancée il y a huit mois.  Pour certains, il est temps que les Français maîtrisent les intérêts liés à la consommation de produits fabriqués sur leur territoire. «Ce ne devrait pas être compliqué à comprendre. Acheter français est bon pour notre économie et pour l’emploi», affirme le récoltant et producteur du champagne Gilbert Jacquesson.

Mais que veut dire réellement acheter français? «Les Français n’achètent pas forcément pour le produit lui-même. C’est un acte citoyen en temps de crise», poursuit  Nathalie de Bonneville. Alors simple effet de mode ou réelle rampe de lancement du renouveau industriel français? Les producteurs sont persuadés que cette démarche de consommation va perdurer. «C’est une consommation différente. On consomme mieux», analyse la créatrice.

Made in France ou 100% Français?

Ce salon est l’occasion de comprendre pleinement ce que signifie «Made in France». Certaines PME fabriquent «100% français». Pour d'autres, seule une partie de la production est hexagonale. «Ce n’est pas évident de rester '100% Français' mais c’est avant tout un état d’esprit», explique Guillaume Neau, directeur commercial de Contralco, producteur héraultais d’éthylotests. Et «100% français» signifie inclure toute la chaîne de production en France. «Si je me fournissais en Espagne, j’améliorerais mon bilan carbone», ironise-t-il. Peu importe le degré d’implication, le désormais populaire «Made in France » fait recette.

En effet,la vague a beau n'avoir été lancée qu'il y a moins d’un an, les producteurs en ressentent déjà les effets sur leurs finances. «Mes chiffres sont boostés», confie Nathalie de Bonneville, qui achète notamment son tissu près de Troyes. De plus, les Français sont prêts à payer plus cher pour un produit français « qui a, grâce à sa qualité, une meilleure longévité», assure Guillaume Neau.

Un impératif: Devenir et rester grand public

D'aucuns diront ainsi qu'il faut payer un certain prix pour une garantie de qualité. Toutefois, les tarifs relevés par 20 Minutes sont tout sauf exagérés. 8 euros la paire de chaussettes, 30 euros la lunette de lecture et du champagne à moins de 20 euros. «Le 'Made in France' doit rester accessible au grand public », entend-on de l'avis général au salon ce dimanche.

L’objectif premier du «Made in France» est de devenir «un gage de qualité comme le sont les produits allemands, explique Guillaume Neau. Le 'Made in France', ce n’est pas du chauvinisme. C’est la qualité et le souci de fournir le meilleur au consommateur». Dans cette optique, dans son pacte pour la compétitivité, le Premier ministre a annoncé son intention de lancer une «Marque France», visant à promouvoir «ce qui est fabriqué en France et l'excellence française».

Les producteurs votent le label commun mais pas en rayon

Attention à ne pas se tromper de bataille. Un label commun vaut pour une reconnaissance nationale et internationale et non pour une uniformisation des produits français. A la question sur les futurs rayons réservés aux produits «Made in France» dans les enseignes du distributeur Leclerc, l'idée d'un «cantonnement» n’est pas forcément bien accueillie par les producteurs. Ces derniers préfèrent travailler sur l’image des produits plutôt que de les rassembler. «C’est de la mesurette», affirme le récoltant de Champagne-Ardenne.

Les producteurs font certes des sacrifices mais les consommateurs commencent à y voir plus clair. Le rendez-vous est pris, l'an prochain, pour un deuxième salon. Peut-être celui de la confirmation du rebond industriel français.