Christian Noyer: «Les conditions d'une sortie de crise sont réunies»

24 contributions
Publié le 23 octobre 2012.

INTERVIEW - Pour le gouverneur de la Banque de France, une reprise de l’activité économique se dessine pour 2013...

Les nuages noirs se dissipent. Au diapason du président de la République, pour qui la zone euro est proche de la sortie de crise,le gouverneur de la Banque de France, dans un entretien accordé à 20 Minutes, se montre plutôt optimiste. Il appelle cependant le gouvernement à mettre en musique ses réformes le plus vite possible.

La zone euro plonge en récession, la croissance française stagne, êtes-vous inquiet?

Le contexte mondial est celui d'un ralentissement et la zone euro est en plus confrontée à la gestion de la crise des dettes souveraines. Mais depuis quelques semaines, des décisions majeures sont en cours d’application comme la mise en place du MES (Mécanisme européen de stabilité), véritable pare-feu pour la zone euro, la discipline budgétaire collective avec l a règle d’or, l’union bancaire pour faire converger le coût du crédit d’un pays à l’autre. Il me semble donc que les conditions d'une sortie de crise sont réunies. Nous concentrons tous nos efforts pour extirper définitivement de la tête des investisseurs cette idée absurde d' éclatement de l'euro et tranquilliser le monde entier sur la pérennité de la zone euro. Dans ce contexte, nous pouvons espérer en 2013 qu'en France, nous voyions progressivement la confiance revenir et avec elle l'investissement.  

Le gouvernement a construit son budget 2013 sur une hypothèse de croissance de 0,8%. La  prévision tient donc la route?

Ce n'est pas dans la moyenne des prévisions des instituts de conjoncture qui oscille entre +0,3% et +0,9%, mais ce scénario n’est pas improbable et dépendra de la réalisation des réformes en cours et du retour de la confiance en Europe.

Faut-il revenir sur l’objectif de 3% de déficit pour éviter d’étouffer la reprise?

Je crois fondamentalement que les 3% sont un objectif atteignable. Le gouvernement a raison de s’y tenir et je n'ai pas de doute sur le fait qu'il mettra tout en œuvre pour l’atteindre. Cet ajustement conditionne la poursuite de la crédibilité de l'économie française et de la croissance pour les années à venir. Notre endettement s’approche dangereusement de la barre des 90% de notre PIB. A ce niveau, les études montrent que la dette publique est structurellement défavorable à l’activité économique car il est nécessaire de mener des politiques plus rigoureuses. De plus, si nous perdions la crédibilité auprès des investisseurs, les taux d'intérêt monteraient, obligeant l'État à faire plus d'efforts. Ce qui par contagion pénaliserait tous les agents économiques et obérerait le redémarrage de la croissance.

Le budget 2013 prévoit 20 milliards d’impôts nouveaux et 10 milliards d’économies sur le budget de l’Etat. Est-ce le bon dosage?

A titre personnel, je regrette qu'il n'ait pas été possible de faire porter plus d’efforts sur la réduction des dépenses car elles sont en général moins pénalisantes pour la croissance que les hausses d’impôts. Ceci étant, à très court terme, la voie des impôts est la plus rapide pour réduire efficacement les déficits. Pour la suite, il est souhaitable que la poursuite de la réduction des déficits publics  repose essentiellement sur la maitrise des dépenses. Il y a des limites à la pression fiscale si l'on ne veut pas décourager la consommation et l'investissement.

La perspective d’un choc de compétitivité de 30 à 50 milliards d’euros pour les entreprises semble s’éloigner. Y a-t-il urgence à agir?

Nous avons une économie insuffisamment compétitive. Nous perdons des parts de marché alors que certains de nos partenaires, comme l’Allemagne, en gagnent. Des décisions doivent êtres prises. Le plus tôt sera le mieux car elles permettront de dégeler l’investissement des entreprises et la consommation des ménages, conditions du retour de la croissance. J’attends avec beaucoup d’intérêt le rapport Gallois  à ce sujet le 5 novembre.

La compétitivité se résume-t-elle au coût du travail?

Non, ce serait une erreur de penser cela. D’autres éléments doivent être pris en compte comme le marché du travail, l’amélioration de notre R&D, la réforme du marché des biens et services dont plusieurs mesures ont été proposées par la commission Attali, ainsi qu’une rénovation de notre outil d’éducation et de formation. La France dépense beaucoup sur ces deux derniers sujets, et il n'est pas certain que les résultats soient à la hauteur. Malgré tout, il ne faut pas oublier la question du coût du travail. Nous avions un avantage compétitif à l’égard de l’Allemagne, nous l’avons perdu. Il faut un effort significatif pour alléger les charges des entreprises et en même temps, bien analyser les effets secondaires du report de charges sur d'autres types d'impôts comme la TVA ou la CSG pour  minimiser les effets négatifs sur la demande.

Les Européens doivent prochainement nommer un nouveau membre du directoire de la BCE où ne siègent que des hommes. Plusieurs députés souhaitent qu’une femme soit désignée, qu’en pensez-vous?

Le monde des banques centrales doit s'ouvrir à la diversité, en particulier hommes-femmes. Si les Etats eux-mêmes décidaient de nommer comme gouverneur ou sous-gouverneur davantage de femmes dans leur banque nationale, ce serait la meilleure solution pour assurer une bonne représentativité au Conseil de la BCE.

La Banque de France va supprimer 2.500 emplois à l’horizon 2020. Les syndicats craignent des fermetures d’implantations. Qu’en sera-t-il?

D’ici 2020, près de la moitié de nos agents vont partir à la retraite. Nous avons une opportunité et un devoir historique de façonner la Banque de France pour les décennies avec des unités plus puissantes. Nous passerons de 127 implantations à 105 et nous regrouperons certaines équipes. A titre d’exemple, l’Allemagne et l’Italie n’auront bientôt plus qu’une trentaine de sites. Seules seront fermées les structures infra-départementales où la fréquentation est faible. Mais rien ne changera ni pour les entreprises, ni pour les particuliers (médiation du crédit, commission de surendettement…). En particulier, nous ne fermerons aucune succursale.

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller
Mots-clés
Newsletter
HIGH-TECH

Recevez une fois
par semaine
toute l'actualité high-tech

publicité
publicité
publicité

publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr