Le commissaire européen en charge de la Consommation et de la Santé, le Maltais John Dalli, a démissionné mardi de ses fonctions après sa mise en cause dans une enquête de l'Office européen de lutte antifraude (Olaf), a annoncé la Commission européenne.
Le commissaire européen en charge de la Consommation et de la Santé, le Maltais John Dalli, a démissionné mardi de ses fonctions après sa mise en cause dans une enquête de l'Office européen de lutte antifraude (Olaf), a annoncé la Commission européenne. - Georges Gobet afp.com

ECONOMIE Le premier commissaire européen a été poussé à la démission pour des soupçons de trafic d’influence...

«Un vrai roman policier». La formule lâchée cette semaine par le député européen Daniel Cohn-Bendit résume à elle seule l’affaire qui secoue Bruxelles. Le 16 octobre, le commissaire européen en charge de la Consommation et de la Santé, le Maltais John Dalli, a démissionné de ses fonctions suite à sa mise en cause dans une enquête de l'Office européen de lutte antifraude (Olaf).

L'Olaf a agi à la suite d'une plainte d'une entreprise suédoise, Swedish Match, qui dénonçait le fait qu'un entrepreneur maltais l'avait approchée en faisant valoir ses contacts avec le commissaire pour influencer une proposition de loi sur les produits du tabac. Il s'agissait de lever l'interdiction de vente dans l'Union européenne du snus, une poudre de tabac humide à mâcher, fabriquée notamment par Swedish Match et dont la vente n'est autorisée qu'en Suède et en Norvège.

Un sentiment de déjà vu

Si la Commission européenne a reconnu que l'enquête de l'Olaf n'avait pas permis de trouver de preuve concluante sur une «participation directe» de John Dalli dans une tentative de corruption et de trafic d'influence, elle a considéré que le commissaire était informé des démarches de l'entrepreneur maltais, dont l'identité n'a pas été communiquée. Le rapport de l'Olaf a ainsi démontré que l'entrepreneur maltais avait cherché à obtenir des avantages financiers en échange de sa supposée influence auprès du commissaire européen.

Malgré sa démission l’ancien commissaire annoncé son intention de se défendre pour démontrer que les assertions de l'Olaf sont fausses. «J'ai un sentiment de déjà vu», a-t-il ajouté, en faisant référence à sa démission du gouvernement maltais en 2004 à la suite d'accusations qui se sont révélées infondées.

«Dans les journaux, on parle de «Dalli Gate» et le dirigeant est présenté alternativement comme une sorte d’Erin Brockovich maltais victime des lobbys du tabac ou comme un politicard louche ayant cherché à extorquer de l’argent contre une législation de complaisance», soulignent Les Echos ce vendredi.

Eviter une nouvelle humiliation pour la Commission

Dans les faits, il semble que Manuel Barroso, le président de l’exécutif européen ait tout fait pour que John Dalli prenne la porte. Si cette démission n'a pas de précédent, elle permet d'éviter l'humiliation de la démission collective à laquelle avait été contrainte l'équipe dirigée par le Luxembourgeois Jacques Santer le 15 mars 1999. La Commission Santer avait été contrainte à cette extrémité après la mise en cause de la Française Edith Cresson, accusée de népotisme et d'irrégularités dans la gestion d'un programme européen de formation professionnelle. Le refus de d’Edith Cresson de se démettre avait entraîné la chute de toute l'équipe dirigée par Jacques Santer.

En effet, le Parlement européen a le pouvoir de démettre la Commission dans son ensemble mais pas un commissaire en particulier. Les élus européens disposent également d'un droit de veto sur l'investiture de la Commission et peuvent de cette manière empêcher des nominations en contraignant les Etats à retirer leurs candidats commissaires, comme ce fut le cas pour l'Italien Rocco Buttiglione ou la Bulgare Rumiana Jeleva.

L'eurodéputé britannique eurosceptique Nigel Farage, qui a depuis longtemps la Commission européenne dans sa ligne de mire, a dénoncé «un cas de corruption» et estimé que les circonstances de la démission de John Dalli étaient «étranges, posant plus de questions qu'elles n'en résolvent».

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