Hausse des prix agricoles: Qui doit payer?

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Publié le 11 octobre 2012.

ALIMENTATION - Le bras de fer se durcit entre agriculteurs, industriels et distributeurs alors que les marchés des matières premières agricoles traversent un nouveau pic depuis cet été...

Qui doit encaisser la hausse des prix des matières premières agricoles qui secoue le marché agricole mondial? C’est la question brûlante au cœur des négociations commerciales lancées début octobre entre les enseignes de la grande distribution et leurs fournisseurs de l’industrie agroalimentaire.

Selon l’Insee, c’est en effet début 2013, que l’impact de l’envolée estivale des cours mondiaux (+19,8% sur un an en juillet, céréales, oléagineux et viande bovine en tête), se répercutera à plein à l’autre bout de la chaîne agroalimentaire, dans les rayons de nos magasins. Parmi les produits les plus touchés: la viande, notamment de porc, dans laquelle l’alimentation pèse pour 60% des coûts de l’élevage. Mais aussi les produits peu transformés comme les pâtes alimentaires.

La défense du pouvoir d’achat, comme alibi?

Mais à l’heure de partager l’addition, chacun se renvoie aujourd’hui la balle. «Dans l’idéal, on voudrait que la hausse soit répercutée sur l’ensemble de la chaîne pour ne pas étrangler une agriculture déjà en difficulté, et faire en sorte que les industriels, surtout les PME, ne soient pas dans le rouge. Mais pour cela, il faut que les distributeurs acceptent aussi de participer à l’effort en prenant ces hausses sur leurs propres marges», explique Jean-René Buisson, le président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). Pour lui, la hausse de prix de 1,6% consentie en 2012 ne sera plus suffisante l’an prochain.

Grever un peu plus le pouvoir d’achat des Français? Impossible, rétorquent de leur côté les distributeurs. «Le consommateur ne peut aujourd’hui supporter seul le poids de la hausse des prix des céréales et une forte hausse des prix aurait un effet à la baisse sur la consommation dont toute la filière pâtirait», estime la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), avant de renvoyer les agriculteurs à leur responsabilité. «Il faut absolument que la filière animale d’élevage qui souffre du renchérissement des aliments pour le bétail et la filière végétale de production de céréales qui profite de la hausse des cours contractualisent ensemble pour éviter au cours de l’année les effets de cette volatilité», explique une porte-parole.

Les règles de négociation tarifaire en question

Une mise en cause inacceptable pour Guy Vasseur, le président de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA):  «Les distributeurs nous renvoient aujourd’hui à un accord qu’ils n’ont pas signé alors que ce sont leurs pratiques qui nous plombent et leur refus de relever leurs prix qui menacent d’asphyxie la filière agroalimentaire», estime-t-il.

Dans ce bras de fer, le réseau des distributeurs indépendants Système U tente timidement d’ouvrir une voie de conciliation. «Dans la surenchère promotionnelle actuelle, il est vrai qu’on ne peut pas se permettre d’être seuls à relever nos prix face à la concurrence, mais si on continue comme ça, nombre des PME qui nous fournissent vont disparaitre, ce qui représente une menace non seulement sur l’emploi, mais aussi pour le tissu productif français», alerte Thierry Desouches, le porte-parole du groupe. «Le seul moyen pour sortir de cette spirale infernale» serait, selon lui, de réformer à la marge la loi de modernisation de l'économie (LME) qui encadre les négociations tarifaires pour permettre aux plus petits fournisseurs de «sortir la tête de l’eau».

Pour cela selon l’Ania, pas besoin de doper les prix de 10%, «un effort de hausse moyenne des prix de vente de 2% pourrait satisfaire la filière». 

Claire Planchard
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