Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy
Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, le 28 septembre 2012 à Bercy - B. LANGLOIS / AFP

INTERVIEW Le ministre répond aux questions de «20 Minutes» après avoir présenté le budget le plus sévère depuis l'après-guerre...

Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, revient sur le  projet de loi de Finances présenté vendredi. Il prévoit un effort de 30  milliards d’euros en 2013, dont 20 milliards de hausses d’impôts. Impôts qui n’augmenteront plus à partir de 2014 promet le ministre.

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Combien de Français verront leur impôt augmenter en 2013?

Les impôts dont s’acquittent tous les Français sont la TVA, la CSG et l’impôt sur le revenu. L’augmentation prévue de la TVA a été abrogée. Aucune augmentation de la CSG n’est décidée dans le budget. Concernant l’impôt sur le revenu, grâce à nos propositions, 7,4 millions de foyers en paieront moins en 2013 que ce qu’avait prévu la précédente majorité.

Les 13 millions d’autres paieront donc plus?

Nos réformes feront contribuer davantage les familles gagnant au moins 15.000 euros par mois. Si certains effectivement paieront plus, c’est au titre d’une disposition adoptée par le précédent gouvernement. Les 10 milliards d’impôts supplémentaires pour les entreprises épargneront les PME. En 2012, les entreprises ont versé 40 milliards d’euros de dividendes, elles peuvent consentir un effort au service du pays.

Vous n’abaissez pas le plafond des investissements outre-mer. Ils profitent pourtant aux contribuables les plus riches. Pourquoi ce choix?

Nous réformerons la façon dont la collectivité contribue au développement économique des outre-mer mais le faire dans la précipitation déséquilibrerait l’économie déjà extrêmement fragile de ces territoires.

Le candidat Hollande avait proposé de fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG pour créer une fiscalité plus juste. C’est enterré?

En imposant les revenus du capital comme ceux du travail, nous procédons au contraire à la première étape -l’harmonisation des assiettes de ces deux impôts- de cette très grande réforme.

Réduire les dépenses publiques de 10 milliards, est-ce suffisant?

Jamais personne n’a proposé un tel niveau d’économies dès la première année de mandature. Non seulement nous économisons 10 milliards, mais nous finançons, par ailleurs, les mesures nouvelles pour l’éducation, la justice, la sécurité, l’emploi et le logement. C’est un budget solidaire car il restaure les moyens du service public qu’est l’éducation nationale ; et c’est un budget responsable car dégageant les économies requises.

Votre budget est bâti avec une prévision de croissance à 0,8%. Et si la croissance s’avère plus faible, que ferez-vous?

Imposer davantage les concitoyens les plus riches ne compromettra pas leur consommation. De même, demander plus d’efforts aux grandes entreprises n’hypothèquera pas leurs investissements. Rien ne permet de penser que notre objectif de croissance ne sera pas tenu.

Pourquoi est-il si important d’atteindre 3% de déficit public dès 2013?

Désendetter la France n’est possible qu’avec un déficit public inférieur à 3% Or c’est impératif pour trois raisons : pour retrouver notre souveraineté face aux marchés, parce que la dette est un impôt à la naissance qui repose sur les générations futures ; enfin, pour faire bénéficier l’Etat, et les entreprises qui n’empruntent jamais moins cher que lui, de taux d’emprunt bas.

Du fait de l’évasion fiscale, 30 milliards échappent chaque année à la France. Soit l’effort demandé par votre budget…

En 2013, nous prévoyons de détecter plus de 4 milliards de fraude fiscale (3 milliards avaient été repérés en 2011, ndlr). Et nous proposerons à la fin de l’année un plan de lutte anti-fraude.

Et taxer les exilés fiscaux, vous y pensez ?

Il ne faut pas confondre les exilés fiscaux et les expatriés. Les exilés, l’on sait les pays où ils choisissent de résider. Il faut revoir les conventions fiscales avec ces pays afin que les exilés fiscaux contribuent au redressement de la France.

Ne pas soumettre le traité budgétaire européen à référendum, n’est-ce pas manquer l’occasion de construire une Europe plus démocratique?

Le parlement n’est-il pas une institution démocratique ? Qui songerait à contester la légitimité des députés à ratifier un traité ?

Sauver l’euro à tout prix, est-ce encore rationnel?

C’est dans l’intérêt de la France ! Au vu des avancées obtenues par François Hollande, l’Europe s’est engagée dans une nouvelle politique faisant la part plus belle à la croissance collective qu’à l’austérité. Je crois qu’il reste encore deux années difficiles avant que la France et l’Europe ne sortent de la crise.

Vous êtes présenté comme un homme rigoureux mais rigide. Comment vivez-vous cette image?

Avec recul et sang froid. Tous les ministres du Budget, a fortiori en temps de crise, sont amenés à accepter cette image. L’essentiel est d’être utile aux Français dans le cadre défini par le Président et mis en œuvre par le Premier ministre.

Avez-vous des doutes quant à la justesse du budget que vous proposez ?

Celui qui ne doute pas a peu de chance d’accéder à la vérité. Mais une fois la décision prise, la main ne doit plus trembler.

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