Une agence pôle emploi à Bègles.
Une agence pôle emploi à Bègles. - S. ORTOLA / 20 MINUTES

Mathieu Bruckmüller

Trois millions de chômeurs à la fin du mois d’août. Pour être précis, 3.011.000. Un chiffre choc, symbole de la profondeur de la crise qui frappe l’Europe depuis 2008 et qui n’avait plus été atteint depuis 13 ans. Et qui se rapproche du record historique de 3,2 millions de personnes sans travail atteint en 1997. Mais en incluant les inscrits à Pôle emploi exerçant une activité réduite, ils sont déjà près de 4,5 millions à chercher un emploi en France.

Pôle emploi débordé

Ainsi, après un bref répit en 2010, le chômage progresse de façon ininterrompue depuis 16 mois. Rien ne semble pouvoir arrêter la spirale infernale. En effet, il faut au moins 1% de croissance pour créer des emplois et 1,5% pour inverser la tendance. Alors que l’encéphalogramme de l’activité économique devrait terminer l’année à plat, le gouvernement, prévision optimiste selon nombre d’économistes, table sur 0,8% en 2013. Pour Matthieu Plane de l’OFCE, le chômage risque même de progresser jusqu’en 2017 et dépasser le seuil des 11% de la population active en 2014, battant les 10,8% de 1997. En effet, «la fluctuation de la croissance détermine à 90% la situation du marché de l’emploi», calcule Jean-Louis Dayan, directeur de recherche au Centre d'études de l'emploi (CEE). Voilà pourquoi le gouvernement tente tant bien que mal de colmater les brèches en recourant massivement aux emplois aidés à l’image des 150.000 emplois d’avenir prévus d’ici à 2014 ou les 500.000 contrats de génération anticipés à l’horizon 2017. De son côté, Pôle emploi est débordé. D’après, son patron, Jean Bassères, interrogé par Le Parisien, ses équipes multiplient les heures supplémentaires y compris le week-end.

Au-delà, la nouvelle majorité compte remédier l’année prochaine au problème de compétitivité des entreprises françaises. Et il y a urgence. Le déficit commercial de la France a atteint 69,59 milliards d’euros l’an dernier. Le dernier excédent date de 2002! Et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a pour ambition de revenir à l’équilibre, retraité des importations énergétiques. Autre illustration du manque de compétitivité, la part de l’emploi industriel qui atteignait 28,1% en 1975 est inférieure à 15% aujourd’hui. Louis Gallois, l’ancien patron d’EADS qui doit rendre un rapport sur la question en octobre, plaide déjà pour une baisse de charges massives de 30 à 50 milliards d’euros.

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La qualité de l’emploi se dégrade

Mais les difficultés sur le marché du travail ne se résument pas au nombre de chômeurs, «la qualité de l’emploi s’est aussi dégradée», souligne Jean-Louis Dayan. Le temps partiel subi flambe et touche 6% des actifs soit un million de personnes dont 70% de femmes. A cela s’ajoute le recours massifs aux CDD qui a représenté les trois quarts des embauches en 2011. Et pour les titulaires d’un CDI, les tensions au sein des entreprises, liées à des méthodes de management de plus en plus pénibles entraînent une hausse de la souffrance au travail et une montée des risques psychosociaux comme l’ont illustré les suicides à La Poste ou encore chez France Telecom. «Même avec un contrat de travail stable, l’insécurité monte», conclut le directeur de recherche du CEE.