Laurence Parisot, présidente du Medef, et Michel Sapin, ministre du Travail.
Laurence Parisot, présidente du Medef, et Michel Sapin, ministre du Travail. - WITT/SIPA

Céline Boff

Faut-il augmenter les cotisations chômage sur les CDD et les diminuer sur les CDI? C’est en tout cas ce que Michel Sapin, ministre du Travail, a proposé vendredi sur RMC et BFM TV:«Il y a plein de chômeurs qui sortent d’un CDD ou de l’intérim et ça coûte très cher à la société. On pourrait augmenter les cotisations chômage sur les CDD et les diminuer sur les CDI. Il y aurait un avantage à embaucher en CDI.»

Une idée avec laquelle Laurence Parisot, présidente du Medef, n’est pas vraiment d’accord. Pour elle, si la France «a davantage recours aux contrats courts que les autres pays européens», c’est «parce que ce sont les seuls éléments de souplesse à la disposition des entreprises». Et d’affirmer: «Un tel mécanisme de taxes pourrait s’envisager si nous progressons en termes de souplesse.» Pour la patronne, il faut absolument faire «les choses dans l’ordre», c’est-à-dire offrir davantage de flexibilité aux entreprises avant de se pencher sur une éventuelle taxation des contrats courts.

 

La flexi-sécurité sera au cœur des débats

Ce thème de la flexibilité sera d’ailleurs au cœur de la négociation sur l’emploi qui s’ouvre le 4 octobre entre les partenaires sociaux. «Je sais que ce mot de flexi-sécurité fait parfois peur, mais il s’agit de trouver un équilibre, d’offrir à l’entreprise les moyens de s’adapter face à la conjoncture», insiste Laurence Parisot, dont le plan comprend également un volet salariés, notamment en termes d’accès à la formation: «Il faut leur offrir davantage de dispositifs afin que cette adaptation ne leur fasse pas peur et qu’ils puissent même penser qu’elle va les aider à progresser dans leurs parcours professionnels.»

Concrètement, le Medef réclame un cadre normatif nouveau concernant la durée du travail et le maintien des effectifs dans l’entreprise, un raccourcissement et une sécurisation des procédures collectives et, enfin, l’instauration d’un mécanisme permettant de plafonner les dommages et intérêts versés au salarié, notamment dans les TPE et les PME.

Des avancées pour l’entreprise qui s’accompagnerait, selon Laurence Parisot, de nouvelles garanties pour les salariés, notamment en termes de portabilité des droits. «Il faut également améliorer l’accompagnement des demandeurs d’emploi et donner davantage d’informations aux représentants du personnel dans l’entreprise», estime la présidente, qui estime que cette flexi-sécurité «permettrait d’atténuer deux grandes peurs réelles dans la société: celle du chômage et celle de l’embauche».

Ouvrir le dossier des gaz de schiste

Si les partenaires sociaux disposent de moins de trois mois pour se mettre d’accord sur le sujet comme le souhaite le gouvernement, Laurence Parisot aborde les discussions «raisonnablement confiante». «Nous voyons tous l’urgence à agir. Nous sommes dans un tel degré d’incertitude que personne ne bouge. Les organisations syndicales sont lucides et conscientes de la gravité de la situation.»

La présidente est pour l’heure nettement plus remontée contre les choix budgétaires du gouvernement et sur la teneur de la Grande conférence environnementale qui s’est tenue la semaine dernière. Laurence Parisot estime que le scénario de transition énergétique envisagé –notamment d’abaisser de 75 à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique- engendrera une augmentation du coût de l’énergie pour les entreprises et les ménages d’au moins 15%.

 

«Cette question du coût a été laissée de côté», déplore-t-elle, tout comme elle regrette le blocage sur le dossier des gaz de schiste. «A gauche comme à droite, tout le monde veut une France industrielle. Eh bien, la gestion du risque fait partie de tout projet industriel», a martelé la patronne, qui souhaiterait qu’il soit «au moins possible de recenser les réserves et de mesurer leur impact économique».