Deux géants industriels européens, EADS et BAE Systems, progressent vers une fusion qui ferait d'eux le leader mondial de l'aéronautique et la défense, et la multinationale la plus ambitieuse et la plus complexe jamais tentée.
Deux géants industriels européens, EADS et BAE Systems, progressent vers une fusion qui ferait d'eux le leader mondial de l'aéronautique et la défense, et la multinationale la plus ambitieuse et la plus complexe jamais tentée. - Wolfgang Kumm afp.com

© 2012 AFP

Deux géants industriels européens, EADS et BAE Systems, progressent vers une fusion qui ferait d'eux le leader mondial de l'aéronautique et la défense, et la multinationale la plus ambitieuse et la plus complexe jamais tentée.

EADS, fabricant germano-franco-espagnol d'Airbus et de la fusée Ariane, et le britannique BAE Systems, fabricant de porte-avions, de sous-marins et de blindés, ont annoncé mercredi qu'ils étaient en négociations avancées pour un rapprochement. Une "frappe militaire surprise" pour le Financial Times.

La nouvelle compagnie, si elle voit le jour, aura un chiffre d'affaires cumulé de 78 milliards d'euros, loin devant Boeing et Lockheed Martin, les deux leaders américains. Le nouvel ensemble sera détenu à 60% par les actionnaires d'EADS et à 40% par ceux de BAE et coté à la fois sur les bourses de Londres, de Paris, de Francfort et de Madrid.

La complexité du projet a effrayé les investisseurs.

Avec une palette de produits qui va des avions aux sous-marins, des hélicoptères aux satellites en passant par les canons et la cybersécurité, la nouvelle société sera présente sur tous les marchés mondiaux.

Elle aura des sites de production ou d'assemblage en Amérique du nord, en Europe, en Chine, en Australie, au Brésil et en Inde, alors que ses rivaux américains produisent essentiellement aux Etats-Unis.

Mais les Etats européens conserveront voix au chapitre alors que Boeing n'est exposé qu'aux seules pressions de Washington.

Les deux groupes prévoient d'émettre des actions spéciales pour les gouvernements allemand, britannique et français, et de conserver une stricte séparation de certaines activités de défense aux Etats-Unis.

Pour les capitales européennes qui cherchent jalousement à préserver chez eux emplois et sites de production, c'est un nouveau pas difficile à franchir. Berlin et Londres ont donné des signes encourageants, Paris restant le plus discret.

"Les intérêts nationaux sont tels que l'opération n'aurait jamais attteint ce stade sans la permission des actionnaires publics allemand, britannique et français", a cependant estimé Guy Anderson, analyste en chef chez IHS Jane's.

Il est moins sûr de la bienveillance du gouvernement américain. Surtout à un mois de la présidentielle aux Etats-Unis, renchérit Christophe Menard, analyste chez Kepler Capital Markets.

Il reste à voir si l'Amérique étendra au nouveau géant européen la confiance qu'elle accorde au britannique BAE, privatisé, ou la défiance qu'elle manifeste envers EADS.

L'alliance devra également être autorisée par les autorités européennes de la concurrence.

Jean-Pierre Maulny, analyste de l'Institut pour les relations internationales et stratégiques (IRIS), estime cependant que "si toutes ces conditions ne seront pas aisées à remplir, elles ne sont pas impossibles".

Du reste, tous les analystes s'accordent à reconnaître le bien fondé d'une fusion même s'ils doutent qu'elle dégage rapidement des synergies importantes.

Elle permettrait en effet aux deux groupes de rééquilibrer activités civiles et militaires pour mieux résister aux fluctuations de la conjoncture.

EADS, dont le succès des avions commerciaux Airbus domine le chiffre d'affaire, deviendrait d'un coup un acteur majeur de la défense. BAE, spécialisé dans la défense depuis qu'il a vendu en 2006 sa part dans Airbus, reviendrait sur le marché civil plus porteur actuellement.

Si ce "big bang" réussit, les analystes sont nombreux à s'interroger sur l'avenir des autres grands acteurs européens, comme l'italien Finmeccanica, déjà en difficultés, et le français Thales.