Avec Reuters

L'année 2012 s'annonce noire pour l'industrie française du prêt-à-porter féminin qui a subi, avec la crise et la montée du chômage, un recul historique au premier semestre. Les ventes d'habillement féminin ont plongé de 5,8% au cours du semestre, «du jamais vu depuis 20 ans», a observé mercredi Jean-Pierre Mocho, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, à l'occasion de la présentation du bilan semestriel du secteur, qui compte notamment les marques Zadig & Voltaire, René Derhy, Gérard Darel, Anne Fontaine, Côtélac ou encore Tara Jarmon.

«L'année 2012 sera difficile. Elle pourrait être comparable à 2009», a précisé le secrétaire général de la fédération professionnelle, François-Marie Grau. Au premier semestre, les ventes de mode féminine ont totalisé 4,9 milliards d'euros, sur un marché total de l'habillement de 12,9 milliards (-3,7%) qui accuse un repli continu depuis 2008.

La mode masculine résiste mieux

La mode masculine a mieux résisté, avec une baisse de 2,5%, tout comme la chaussure (-1%), tandis que les accessoires (sacs, ceintures, lunettes) ont été les seuls à tirer leur épingle du jeu avec des ventes en hausse de 5,5%. Après l'aggravation de la crise déclenchée par la faillite de la banque Lehman Brothers à l'automne 2008, le marché français de l'habillement (lingerie, chaussant et homme compris) avait chuté de 3,5% en 2009.

Avec la dégradation de la conjoncture économique, les mesures d'austérité induites par la crise de la dette et l'aggravation du chômage, les arbitrages des ménages ne se font guère en faveur des vêtements mais plutôt des produits technologiques, des vacances ou de la santé. La baisse des achats en volume, qui a atteint 10,7% au premier semestre, se double d'une recherche de prix barrés, les achats de produits soldés ou en promotion représentant aujourd'hui près de 40% des ventes, contre 36,7% il y a un an.

Le secteur reste cependant dynamique à l'exportation. Il a notamment profité de la baisse de l'euro face au dollar et a vu ses ventes progresser de 2,4% à 1,3 milliard d'euros au premier semestre, grâce notamment à de bonnes performances aux Etats-Unis, qui restent son premier marché d'exportation, ainsi qu'à une forte progression des ventes à Hong Kong et au Japon.

Les grandes chaînes dominent

Le prêt-à-porter français sous-traite hors de France la quasi-totalité de sa production. Ne subsistent dans l'Hexagone que quelques centaines de façonniers travaillant essentiellement pour l'industrie du luxe. Si la Chine reste le premier sous-traitant de la filière, sa part a baissé pour la première fois (-8%) - alors que les coûts de fabrication ont augmenté de 40% en deux ans dans le pays - au profit notamment du Bangladesh. Avec les révolutions arabes, la part du Maghreb a elle aussi reculé au profit de la Roumanie.

En France, le marché de la mode féminine est aujourd'hui dominé par les grandes chaînes comme l'espagnole Zara (groupe Inditex ) ou la suédoise H&M, qui pèsent pour près de 34%, devant les magasins multimarques, internet, la grande diffusion (Kiabi, La Halle aux Vêtements) et la vente à distance.