Hausse d'impôts: La classe moyenne paiera le gros de la facture

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Publié le 10 septembre 2012.

FISCALITE - Les économistes interrogés par «20 Minutes» ont été à moitié séduits par le plan de redressement présenté dimanche soir par François Hollande aux Français…

Du jamais vu. Le tour de vis fiscal dévoilé par le président de la République est sans précédent par son ampleur dans un contexte où l’économie, au mieux, stagne. Alors que le chef de l’Etat table sur une croissance de 0,8% pour 2013, plus de 30 milliards d’euros seront nécessaires pour atteindre l’objectif intangible de 3% de déficit. L’Etat fera 10 milliards d’économies tandis que les entreprises et les ménages devront s’acquitter de 20 milliards d’euros d’impôts supplémentaires.

Un bon point et des cartons rouges

Mais avant de parler gros chiffres, François Hollande, s’est montré «convaincant», selon l’économiste Nicolas Bouzou, sur le dossier de la compétitivité des entreprises, en levant un tabou à gauche: le coût du travail. En résumé, l’alléger pour que le financement de la protection sociale ne pèse pas seulement sur les salaires, via une hausse généralisée de la CSG, même si pour rassurer sa base le chef de l’Etat a expliqué que l’idée n’était pas la seule en discussion. Malgré tout, le cadre de ce vaste chantier à venir est là et il est «bon», juge le patron du cabinet Astéres.

Passé ce bon point, Nicolas Bouzou se fait moins louangeur sur l’équilibre de la rigueur présentée aux Français. D’après lui, il aurait fallu inverser le dosage du cocktail en demandant 20 milliards d’économies à l’Etat et seulement 10 milliards aux entreprises et aux ménages. Tous les pays de l’OCDE ayant par le passé apurés leurs finances publiques, selon lui, avaient avant tout fait peser l’effort sur les administrations publiques afin de limiter l’effet négatif sur la croissance. Simplifier le millefeuille administratif en fusionnant les sous-préfectures aux préfectures, accélérer la dématérialisation des factures….Les milliards d’économies supplémentaires ne manquent pas. «La solution se trouve dans le niveau des dépenses de fonctionnement», abonde l’économiste Marc Touati.

Avec à terme un recentrage inévitable des missions de l’Etat. En effet, des ministères comme ceux de la Culture ou des Affaires étrangères ont aujourd’hui le plus grand mal à les remplir avec des budgets qui diminuent. L’an prochain, seuls les ministères de l’Education, de l’Intérieur et de la Justice échapperont à cette cure d’amaigrissement.

16 millions de ménages touchés

En attendant, Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants, constate que la classe moyenne sera la plus touchée par les mesures de redressement. D’une part, les entreprises risquent, au mieux, de répercuter aux clients les 10 milliards de hausses d’impôts, et au pire de sacrifier l’emploi. D’autre part, et contrairement à un engagement de campagne du candidat Hollande, le gel du barème de l’impôt sur le revenu qui a rapporté 1,7 milliard d’euros aux caisses de l’Etat en 2012, se poursuivra, sauf pour les deux premières tranches. Concrètement, à revenu égal, tous les particuliers déclarant plus de 11.896 euros de revenus verront augmenter leur IR au niveau de l’inflation.

Avec cette astuce, les 20 millions de foyers fiscaux aux revenus les plus bas [sur 36 millions en tout] seront épargnés en 2013 par l'augmentation de l'impôt sur le revenu, d’après les calculs du principal syndicat des impôts. Mais «16 millions de foyers fiscaux verront leurs impôts augmenter». De mauvais augure pour la consommation, dernier moteur d’une économie aujourd’hui en récession, selon Marc Touati, qui regrette que François Hollande n’ait pas saisi l’occasion d’expliquer, dimanche soir, comment il comptait relancer l’activité avec l’ensemble de ses homologues de la zone euro.

>> Hausse de l'impôt : 20 millions de foyers fiscaux épargnés

Henri Sterdyniak, de l’OFCE, craint ainsi que l’ensemble des politiques de rigueur menée, de concert, sur le vieux continent entraîne, au final, l’Europe dans une spirale dépressive. Une inquiétude qui justifierait le report du calendrier de retour à l’équilibre des comptes publics. Pas de doute, le remède du docteur Hollande est «dangereux», conclut l’économiste.

Mathieu Bruckmüller
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