James Newton Howard: «J'ai composé le générique de "Urgences" en quinze minutes»

CONCERT Après Howard Shore, la salle Pleyel accueille James Newton Howard, le compositeur des musiques de vos films préférés: «Pretty Woman», «Hunger Games», «The Dark Knight»...

Propos recueillis par Vincent Julé

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Le compositeur James Newton Howard, plus de 120 films à son actif de «Pretty Woman» à «Hunger Games»

Le compositeur James Newton Howard, plus de 120 films à son actif de «Pretty Woman» à «Hunger Games» — Mark Hanau

Après Howard Shore en octobre, la salle Pleyel à Paris accueille à nouveau un compositeur de musiques de films vendredi avec James Newton Howard, pour un concert exceptionnel. Si le nom d’Howard Shore évoque immédiatement Le Seigneur des anneaux, c’est moins évident avec celui de James Newton Howard, qui défile depuis trente ans aux génériques de films hollywoodiens aussi différents que Le Fugitif, My Girl, Le Mariage de mon meilleur ami, Wyatt Earp, King Kong, The Dark Knight, Hunger Games ou Les Animaux fantastiques.

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Plus de 120 films à son actif

Après avoir joué les musiciens pour Diana Ross, Ringo Starr ou Elton John, James Newton Howard compose ses premières bandes originales dans les années 1980, avant d’être révélé par le succès surprise de Pretty Woman. Il compte aujourd’hui plus de 120 longs-métrages à son actif, et des collaborations fructueuses avec des auteurs comme M. Night Shyamalan (Sixième sens, Incassable) ou Lawrence Kasdan, scénariste d’Indiana Jones, Star Wars, et réalisateur de French Kiss ou Dreamcatcher. Ce dernier sera sur la scène de la salle Pleyel pour évoquer son travail avec le compositeur, au milieu d’une centaine de musiciens et chœurs.

C’est la première tournée de James Newton Howard, qui passe son temps en studio. C’est d’ailleurs aux AIR Studios à Londres que 20 Minutes l’a rencontré, alors qu’il enregistrait la bande originale de Red Sparrow, un thriller qui marque ses retrouvailles avec le cinéaste Francis Lawrence et l’actrice Jennifer Lawrence après les deux derniers Hunger Games.

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Quand on parle de musique de film, on n’aborde pas souvent la question de l’enregistrement. Est-ce une phase importante du processus créatif ?

L’enregistrement est ce moment unique, où tout se concrétise, où tous vos efforts sont récompensés. Surtout que les bandes originales sont complexes aujourd’hui, mêlent classique, électronique, orchestre, synthétiseurs… C’est pourquoi j’approche chaque score comme un disque, car si l’enregistrement n’est pas bon, il peut interférer avec la musique elle-même. J’ai donc mes habitudes, j’enregistre souvent à Londres, à Abbey Road ou à AIR Studios, avec le même orchestre et la même équipe. Ingénieur, monteur, arrangeur, chef d’orchestre… Je les connais depuis trente ans, on a fait plus de 70 films ensemble.

Vous êtes à l’origine du générique d’Urgences, comment capte-t-on l’esprit de toute une série en moins d’une minute ?

Urgences, j’ai dû l’écrire en 15 minutes (rires). Mais attention, tu peux y penser pendant des jours, des semaines, voire des mois, avant d’avoir l’idée. Et après, ça va très vite. A titre d’exemple, sur Les Animaux fantastiques, j’ai mis cinq mois à trouver l’ouverture, alors que le reste du score était fini. C’est aussi une question de patience, et de chance. J’ai composé d’autres génériques télé [The Sentinel, Gideon’s Crossing], mais la série a changé, le générique n’est plus systématique, il y a parfois juste un carton. Mais prenez Game of Thrones, le thème composé par Ramin Djawadi procure la même sensation, la même excitation, qu’Urgences à son époque.

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Vous travaillez sur plusieurs genres de films (comédie, drame, action, super-héros…), quel est votre favori ?

Quel que soit le genre, seule l’histoire m’importe. On en revient toujours aux histoires, aux émotions. Ma musique est dans l’émotion, la communication. Je suis porté par les surprises, les tragédies, l’héroïsme, tout ce qui fait un bon film ou une bonne série.

Même un film avec Steven Seagal, comme Désigné pour mourir ?

Ah ah, je m’en souviens très bien, c’est un score que j’ai composé en moins de deux semaines. J’ai bossé sur beaucoup de films, vous savez, plus d’une centaine.

Vous avez signé les bandes originales de Pretty Woman, Le mariage de mon meilleur ami ou Couple de stars, quel est le rôle de la musique en comédie ?

J’essaie de ne pas composer de musique « marrante ». Les réalisateurs n’en veulent pas, elle peut même être contre-productive. Je me rappelle du film Président d’un jour d’Ivan Reitman. J’avais composé un premier jet rapide, sur l’arrivée de Dave à la Maison Blanche, et le réalisateur m’a dit que c’était parfait, que tout le film était là, dans ces quelques notes. C’est que j’essaie toujours de faire, de trouver le cœur, l’âme du film, et la comédie s’impose alors d’elle-même.

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Garry Marshall (Pretty Woman), Lawrence Kasdan (Wyatt Earp), Francis Lawrence (Hunger Games)… vous avez plusieurs collaborations au long cours avec certains cinéastes, mais celle avec M. Night Shyamalan semble spéciale.

Toutes mes relations avec ces réalisateurs sont importantes, ils sont devenus des amis, je pense que c’est nécessaire dans ce métier, car les circonstances peuvent changer d’un film à l’autre, d’un succès à un flop. Mais c’est vrai que M. Night Shyamalan est différent, il me demande des choses qu’aucun autre ne me demande, et m’a ainsi aidé à trouver d’autres voies pour composer.

Comment vous êtes-vous retrouvé à collaborer avec le compositeur Hans Zimmer sur deux films Batman ?

C’était une situation unique. Hans et moi sommes amis, et nous parlions régulièrement de travailler un jour ensemble. Christopher Nolan l’a appelé pour Batman begins, et Hans m’a contacté à son tour pour savoir si je voulais en être. La collaboration n’a pu marcher que parce que le personnage est lui-même schizophrénique, à la fois Bruce Wayne et Batman. Nos styles se sont révélés très compatibles, du moins sur deux films. Après The Dark Knight, Hans et Chris ont fait Inception ensemble, un score fabuleux, et j’avais d’autres projets en ligne de mire, donc je me suis dit qu’il fallait en rester là, et les laisser tous les deux sur The Dark Knight Rises. Hans Zimmer est le compositeur le plus influent de notre époque, et à raison. Il est à sa façon un conteur, un réalisateur, un « filmmaker ». Normal qu’il soit imité, copié, même si j’espère ne pas en faire partie. (rires)

Pourquoi jouer ses musiques de films sur scène, comme à la salle Pleyel ?

J’ai passé quarante ans dans mon studio, il était temps d’en sortir. Beaucoup de gens écoutent ma musique depuis longtemps, je leur devais bien ça. C’est très important pour moi, et très stressant aussi. Je n’ai pas été souvent sur scène, j’ai un peu peur. (rires)