Dix ans après la crise du disque, les labels indépendants luttent toujours pour la diversité musicale

MUSIQUE Le Prix des Indés doit permettre de mettre en lumière la vitalité musicale française…

Benjamin Chapon

— 

Juliette Armanet, Clé Vincent et Fishbach, trois chanteuses françaises pleines d'avenir

Juliette Armanet, Clé Vincent et Fishbach, trois chanteuses françaises pleines d'avenir — rwan FichouTheo Mercier / Julia Romanovskaya / Yann Morrisson

Il y a dix ans, l’industrie du disque (on disait ça, en 2007) était en pleine crise. La crise du disque. Il y a même un article Wikipédia sur le sujet. A cette époque, la France découvre, avec quelques années de retard, la chute massive des ventes de CD, consécutives au développement du piratage en ligne.

Au Midem (Marché international de l’édition musicale) 2007, les maisons de disques sont hébétées, assommées par une diminution de 50 % de leur chiffre d’affaires en quelques années. On le sait aujourd’hui, 2007 était le creux de la vague. Depuis, l’offre légale en streaming a permis aux majors de voir les profits repartir à la hausse.

>> A lire aussi : Jeudi Confession: J’ai posé un lapin à Beyoncé (pour passer la soirée devant «Des Racines et des Ailes»)

L’ennemi a changé de visage

La donne est en revanche plus compliquée pour les « petits » artistes et les labels indépendants. « C’est encore plus dur qu’avant, tranche Emmanuel de Buretel, fondateur du label Because… en 2007. Aujourd’hui, les acteurs qui nous font peur et  avec lesquels on doit discuter, ce ne sont plus les majors et les hypermarchés mais les Spotify et les Google, ces multinationales qui veulent diffuser de la musique le plus gratuitement possible pour eux. »

Egalement président de la SPPF, le syndicat des labels indépendants, Emmanuel de Buretel en veut à ces « plateformes qui ont tendance à ne mettre en avant que ce qui se vend le plus vite. Il y a un gros problème de concentration. C’est très bien la musique pop urbaine, mais il n’y a pas que ça ! Par ailleurs, 80 % de la musique est produite par des labels indépendants mais n’a accès qu’à 35 % de la visibilité médiatique. Il y a une scène émergente française qui ne passe jamais à la télé ni à la radio et qui n'est pas poussée sur les plateformes. » Mais parfois dans 20 Minutes...

Sortez les violons

Pour lutter, les indés comme Because, Pias et une pléiade de plus petits labels, organisent, samedi à Paris, un Marché des Labels Indépendant. La semaine suivante, le 16 octobre, ils remettront les Prix des Indés lors d’une cérémonie à la Cigale. « Les indés sont essentiels à la santé du métier, explique Emmanuel de Buretel. C’est comme un écosystéme, comme en écologie : il ne faut pas tuer les abeilles. La bonne santé des indés rejaillit sur les majors. La preuve, ils nous prennent nos artistes, nos employés… »

>> A lire aussi : Niska, nouvel avatar des rappeurs qui glorifient la valeur travail

L’entrepreneur constate que le vrai bilan de ces dix dernières années post-crise du disque, c’est « la disparition de centaines des professionnels de la musique. Quand un label meurt, ce sont des métiers qui disparaissent. Trouver un bon arrangeur de cordes en France est devenu très difficile… Il y a un manque de savoir-faire terrible dans la musique. »

>> A lire aussi : «La Science du cœur»: Cinq raisons de tomber en amour pour Pierre Lapointe

La télé à papa

Si le Marché des Indés répond à une envie de « vente directe du producteur au consommateur », le Prix des Indés doit permettre de mettre en avant des artistes qui ne passent jamais à la télé. Et ça, ça n’a pas changé depuis la crise du disque.

« Les chaînes montrent toujours les mêmes artistes qui font des reprises de chansons des années 1970-1980, fulmine Emmanuel de Buretel. Or, il y a l’émergence d’une vraie scène française. Tout le monde parle de Fishbach, de Jacques, de Cheveu… Mais on ne les voit pas. Il faut se battre pour eux. »

Mots-clés :