Décès du célèbre chef d'orchestre Georges Prêtre

MUSIQUE Il a été le seul Français à diriger le fameux concert du nouvel an à la Philharmonie de Vienne (celui diffusé sur France2)...

G. N. avec AFP

— 

Georges Prêtre dans ses œuvres lors du traditionnel concert de Nouvel An, à Vienne, en 2010.

Georges Prêtre dans ses œuvres lors du traditionnel concert de Nouvel An, à Vienne, en 2010. — Lilli Strauss/AP/SIPA

La vie est parfois injuste. Quand on apprend ce mercredi qu’une star française de la musique classique vient de mourir, on pense à André Rieu (qui n’est ni chef d’orchestre ni français et peut-être pas même musicien) ou alors à Louis de Funes dans La Grande Vadrouille. Puis quand on apprend qu’il s’agit de Georges Prêtre, on se dit qu’il doit avoir un rapport avec Les Prêtres, ce trio d’ecclésiastiques qui sentait bon la guimauve. En fait non, Georges Prêtre, qui est décédé ce mercredi à 92 ans, était en réalité une méga-star de la musique classique. Et pour lui rendre un peu justice, voici quelques lignes sur son incroyable carrière (les amateurs de musique classique nous excuseront par avance cette vulgarisation).

Pour situer le personnage, il faut savoir que le nonagénaire, interprète préféré du compositeur Francis Poulenc, était programmé à la Scala de Milan pour mars 2017 ! Né en 1924 à Waziers près de Douai, il entre à 15 ans au Conservatoire de Paris puis se frotte après guerre au jazz joué dans la capitale par les Américains.

From Paris to New York

Sa carrière le mène ensuite de l’Opéra de Paris - il a notamment dirigé le concert d’inauguration de l’Opéra Bastille en 1989 - au Metropolitan Opera de New York en passant par la Scala de Milan et l’orchestre philharmonique royal de Londres. « C’est un géant de la musique qui disparaît aujourd’hui », a réagi le directeur de l’Opéra de Paris Stéphane Lissner.

A Vienne, il a été le premier dirigeant invité, de 1986 à 1991, de l’orchestre Symphonique, deuxième formation de la capitale à côté du célèbre orchestre Philharmonique. Lui qui confiait régulièrement « être Viennois » a également été le seul chef d’orchestre français à diriger le prestigieux concert du Nouvel An au pupitre du Philharmonique de Vienne à deux reprises, en 2008 et 2010. Suit d’ailleurs la vidéo de sa prestation de 2010 (n’oublions pas qu’il avait 86 ans).

Une brouille avec Von Karajan

C’est dans la prestigieuse salle du Musikverein, temple de la musique classique où il a dirigé 177 concerts, qu’il a dirigé son dernier concert, en octobre avec au programme : Beethoven, Ravel, Offenbach, Strauss. Arrivé dans la fosse « à petit pas et appuyé sur un bâton » après une chute qui l’avait contraint à une série d’annulations, il a séduit le public par « son don de ralentir la mélodie jusqu’au point d’immobilité », selon le quotidien autrichien Der Standard.

Il était venu pour la première fois à Vienne à la demande d'Herbert von Karajan, avec qui il s’était ensuite disputé. « Un grand musicien, un homme d’affaires. Je me suis fâché avec lui, c’est de ma faute parce que je n’ai jamais été diplomate », racontait cet homme exigeant qui admettait volontiers son « fichu caractère ». Parmi ceux qu’il a admirés, Maria Callas, dont il gardait un portrait grandeur nature près de son piano. Chapeau, l’artiste.