Pourquoi aime-t-on autant entendre les basses?

MUSIQUE Celles qu'on décrit comme un "boum boum" sont apparues il y a 400 ans...

Coralie Lemke

— 

Les basses fréquences font vibrer les mélomanes.

Les basses fréquences font vibrer les mélomanes. — Jadecoid

Quel est le point commun entre le dernier Rihanna, le Canon de Pachelbell écrit vers 1700 et les chansons de Bob Marley ? Tous les trois sont rythmés par les basses, les sons à basses fréquences. Ce sont eux qui vous font battre la mesure dès les premières notes, presque malgré vous.

« La première notion importante, c’est que nous n’en apprécions pas que le son. Au-delà de l’écoute, le ressenti physique apporte aussi du plaisir. Je parle de cette sensation de vibration dans la poitrine», explique Alexandre Gaonach, réalisateur d’un documentaire sur les soundsystem, le matériel de sonorisation utilisé pour les concerts, qui sépare chaque fréquence de la musique.

C’est grâce à cette capacité à traverser la matière que les basses fréquences nous font vibrer. Le corps humain se transforme alors en caisse de résonnance. Des sensations auxquelles nous sommes conditionnés avant même de naître.

Un côté rassurant

« Dans le ventre d’une femme enceinte, seules les basses fréquences traversent la peau et les organes pour atteindre le fœtus. Ce sont les seules sonorités qu’il entend en plus des battements de cœur de sa mère », poursuit Alexandre Gaonach.

 

Elles nous suivent donc toute notre vie et donnent un côté rassurant à la musique. Dans la pop, la basse, sans réelle mélodie, se contente de rythmer la chanson. « Cela nous donne l’impression de savoir ce qu’il se passe et nous aide à nous situer », explique François Madurell, docteur en musicologie à l’université Paris-Sorbonne.

Déjà présente au XVIIe siècle

Mais la basse n’est pas née avec la musique pop. Elle était déjà présente sur les partitions il y a 400 ans. « L’homme a toujours eu ce besoin. C’est à ça que servait la ligne de basse continue dans la musique baroque», souligne le spécialiste. Elle était jouée par le clavecin, le violoncelle ou le basson.

Au fil des siècles, la cadence s’est accentuée jusqu’à nous donner envie de bouger. « Ce qui fonctionne le mieux, c’est quand le schéma rythmique est très marqué. Voilà pourquoi le swing ou le groove renforcent la sensation physique d’avoir envie de bouger. »

Danser presque malgré soi

Ancrées au plus profond de nous, les basses font appel à notre inconscient et déclenchent des automatismes. « On ne décide pas vraiment. Quand la musique est bonne, il y a des chances pour que votre jambe commence à se lever toute seule pour danser », sourit Alexandre Gaonach. Comme les temps sont bien marqués, il est plus facile de trouver le rythme sur la piste.

La basse a beau être présente partout en musique, elle est une denrée rare pour nos tympans. Car à bas volume, l’Homme perçoit mal les extrêmes. « C’est pour cette raison acoustique que nous avons tendance à pousser les fréquences basses », explique François Madurell. Le docteur en musicologie met toutefois en garde contre les abus. « A trop en écouter, ça devient comme un gavage et on ne peut plus s’en passer. »

En témoignent les marques de casques et de hauts parleurs comme Bose qui promet de « vous remuer » avec les basses ou Beats, qui vous assure de « pouvoir ressentir les basses résonner dans votre poitrine ». En plus d’être une composante musicale, les basses sont devenues un argument marketing.

Mots-clés :