Les écrivains français Jean-Christophe Grangé et américain Harlan Coben (photo).
Les écrivains français Jean-Christophe Grangé et américain Harlan Coben (photo). - REVELLI-BEAUMONT / SIPA

Benjamin Chapon et Joël Métreau

Deux poids lourds du thriller sortent aujourd'hui leurs derniers ouvrages: Jean-Christophe Grangé avec Kaïken (22,90 euros chez Albin Michel) et Harlan Coben avec A découvert (18,90 euros au Fleuve Noir). On a comparé.

Quels héros? Olivier Passan, un quadragénaire de la police criminelle épris de culture japonaise: mais moins Naruto et Hello Kitty que Yukio Mishima et Akira Kurowasa. «A sa façon, Passan est un samouraï», avec «cent pour cent d'hormones masculines». Un couillu, donc, à qui on évitera tout «bullshit de psy». Mickey Bolitar, ado et neveu de Myron, héros récurrent d'Harlan Coben, est un ado qui a tout pour plaire. A la manière des héros de Barbara Cartland, Mickey est un faux paria qui cache derrière un manque d'assurance un goût pour la culture française, est un sportif accompli et aide son prochain en toutes circonstances. En plus, son père est mort (ou pas?) et sa mère est une toxico. Ce petit ami idéal part à la recherche d'Ashley, sa copine disparue.

Quel suspense! Dans la région parisienne et dans le «9-3», Olivier Passan poursuit un serial killer surnommé «l'Accoucheur». L'intrigue glisse sur les rails jusqu'à un gros twist aux trois cinquièmes du pavé. Et ça repart. Harlan Coben est l'as de l'intrigue qui semble avancer mais qui, en fait, patine. Jusqu'à la révélation finale, on tremble gentiment pour ce gentil Mickey.

Les clichés. Chez Grangé, le flic est –surprise - en instance de divorce et– c'est fou! - désavoué par sa hiérarchie. Grangé assume complètement les clichés jusque dans le style: «Son île [le Japon] était sujette aux averses comme une femme est sujette aux larmes.» Ce petit malin de Coben sait que les bons clichés font les bons polars. Pour se mettre le lecteur dans la poche, il signale, à chaque fois qu'il en emploie un, qu'il n'est pas dupe de sa supercherie: «Si la vie était un film, la musique aurait retenti à ce moment-là, une chanson sirupeuse, pendant que la caméra se serait attardée sur Ashley et moi.»

Pour qui? Kaïken est à réserver à un lectorat de chochottes, pas insensible aux «geysers sanglants» et aux fœtus carbonisés. A découvert existe aussi en version pour ados. Mais la version adulte est déjà très sage.

En film. Comme Kaïken est découpé en trois parties («Craindre», «Combattre» et «Tuer»), on suggère une trilogie réalisée par Joel Schumacher. Potentiel teenage movie vaguement flippant, ce Coben s'épaissirait entre les mains d'un Brian DePalma.