Le premier tome de la saga érotico-sado-maso «Fifty Shades of Grey».
Le premier tome de la saga érotico-sado-maso «Fifty Shades of Grey». - Jeff Blackler / Rex Fea/REX/SIPA

Impossible de passer à côté du nouveau phénomène littéraire qui fait un carton chez les ménagères anglo-saxonnes: le «mummy porn», c’est-à-dire «porno pour maman». La trilogie érotico-sado-masochiste Fifty Shades of Grey de E.L. James qui a lancé la tendance aux Etats-Unis cette année, s’est déjà vendue à plus de 30 millions d’exemplaires. Le succès est tel que Bret Easton Ellis envisage de l’adapter au cinéma et que les livres débarqueront dans les librairies françaises le 17 octobre aux éditions JC Lattès. Vous pourrez donc à votre tour découvrir l’histoire d’Anastasia Steele, étudiante en littérature anglaise de 21 ans toujours vierge, qui tombe sous le charme du jeune milliardaire énigmatique Christian Grey dont le seul désir est de la transformer en esclave sexuelle.

Trop curieuses pour attendre l’automne, deux journalistes de la rédaction ont lu le premier tome en anglais pour savoir ce que valait Fifty Shades of Grey. Les avis sont très partagés. 

Pourquoi je n’ai pas aimé, par Anaëlle Grondin, rédactrice médias et culture 

  • «Difficile de lire le premier livre de la saga jusqu’au bout, pour une raison particulière: le style. Ou plutôt le manque de style. Il faut s’accrocher. Non seulement la plupart des dialogues paraissent insipides, mais l’héroïne (il faut croire que l’auteure aussi) pourtant étudiante en littérature, n’a pas un vocabulaire très étendu. Ses pensées sont ponctuées de «holy shit», «crap», «wow», «damn», «jeez» et elle «se mord la lèvre» et «rougit» toutes les trois lignes…  Une torture narrative. Sans parler des interminables répétitions:  au bout de cinquante «he’s so good-looking» ou «he’s so hot», le lecteur a certainement compris à quel point Christian Grey était séduisant. Le premier tome de «Fifty Shades of Grey» est d’une affligeante pauvreté stylistique. 
  • La jeune héroïne de 21 ans, Anastasia Steele, est toujours vierge. Elle est naïve et maladroite, certes, mais est-elle obligée d’être nunuche pour autant? Les personnages comme l’intrigue ne sont pas très fouillés. On en vient à se demander si le roman n’est pas qu’un prétexte pour placer des scènes de sexe ci et là. En plus, Ana et Christian se contentent de se tourner autour pendant cent pages. Pourtant, il y aurait eu matière à creuser la personnalité des protagonistes ou la romance dont rêve Anastasia Steele. Mais non, le récit reste très cul-cul (sans mauvais jeu de mot).
  • L’auteure de la saga, E.L. James, qui a voulu au départ écrire une fanfiction de Twilight, ne nous épargne pas non plus certains clichés. Son héroïne trébuche plusieurs fois pour atterrir tout droit dans les bras du milliardaire avant de le remercier de lui avoir «sauvé la vie». En refermant le livre, on se dit: ‘Sérieusement?’»  

Pourquoi j’ai aimé, Florence Floux, Front page editor

  • «C’est le guilty pleasure de l’été par excellence: on a beau se rendre compte qu’il ne s’agit pas de littérature (cf ce que dit ma collègue un peu plus haut) et que William Faulkner n’a définitivement pas écrit ce livre, difficile de s’arrêter dans sa lecture. On veut savoir comment va se terminer l’histoire impossible entre Christian et Anastasia. J’aurais bien essayé de mentir en disant que le livre était nul, mais je l’ai dévoré en deux jours. Soyons honnête.
  • Et en cela, on doit reconnaître que l’auteure, E.L. James, sait ce qu’elle fait. Elle a parfaitement mixé les ingrédients qui peuvent vous rendre addict sur la plage cet été: un peu de Grey’s anatomy, de Dexter et Pretty woman. Soit tous les clichés qui existent dans le monde de la fiction. Oui, Anastasia est nunuche, oui Christian est fucked-up et beau gosse. Le parfait combiné cheesy certes, mais qui rend content.
  • On a beau savoir que tout ce qui se passe est très téléphoné, ce n’est pas grave. Parce qu’en fait, il se passe exactement ce qu’on a envie qu’il se passe et ça, ça fait du bien pendant les vacances.»

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