En 1962, les projecteurs pour les tournages en extérieur n'existaient pas.
En 1962, les projecteurs pour les tournages en extérieur n'existaient pas. - R. Cauchetier/MK2

Stéphane Leblanc

Le tabou fait le ménage. «C'était compliqué pour Truffaut, à cause du sujet», rappelle Raoul Coutard. Le ménage à trois, un tabou pour l'époque. «Il a su résister aux menaces et les difficultés ont contribué à créer une ambiance de tournage fantastique, comme je n'en ai jamais retrouvé par la suite.»

Et la lumière fut. «Avec Truffaut, on éclairait !», s'exclame Raoul Coutard. Au contraire de Godard pour qui il n'a tourné A bout de souffle «que lorsque la lumière le permettait». Le chef-opérateur nuance: «Cela restait difficile, car à l'époque de la Nouvelle vague, les projecteurs capables d'éclairer en intérieur n'existaient pas.»

Comme un film muet. «Plus que les décors, l'attention de Truffaut était focalisée sur l'émotion que devaient produire les acteurs, d'où l'idée de tourner en équipe réduite», explique Raoul Coutard, qui a dû délaisser sa grosse caméra sonore au profit d'une petite, qui n'enregistrait pas le son en direct. «Sauf pour deux scènes, quand Jim raconte l'histoire du soldat mort la veille de l'armistice et pour la chanson “Le Tourbillon de la vie”.»

La faim justifie les moyens. Pour les moyens techniques, comme pour l'état d'esprit, «on essayait de rester dans une certaine simplicité», vante Raoul Coutard. Et de citer l'exemple de Jeanne Moreau, «une vedette qui n'hésitait pas à préparer le déjeuner quand elle ne tournait pas».

Fidèle à l'original

Cette version restaurée en haute définition de Jules et Jim, Raoul Coutard l'a voulue la plus fidèle possible à l'original : « J'ai résisté pour ne pas faire des choses qu'on ne pouvait pas faire à l'époque. » A l'exception de « quelques noirs par endroits », le film de François Truffaut ressort tel qu'on pouvait le voir en 1962 et sera édité en DVD et Blu-Ray à la rentrée.