Le groupe canadien Metric. 
Le groupe canadien Metric.  - Justin Broadbent

Propos recueillis par Sarah Gandillot

Est-ce que ce nouvel album est celui qui vous reflète le plus?

C’est celui qui reflète le plus le moment présent. Cet album-là rassemble tous les sentiments par lesquels nous sommes passés pendant l’écriture et l’enregistrement. C’est notre observation du monde à un instant T. Nous décrivons cette période de croissance totalement folle dans laquelle nous vivons.  Les gens se sentent perdus et déconnectés. C’est une drôle d’époque dans laquelle nous vivons… Nous nous interrogeons sans tirer de conclusions.

Vous avez créé votre propre label, Metric Music International. Pourquoi? Vous ne vous sentiez pas libre sur une major?

C’est juste que la structure globale et la façon dont tout cela fonctionne sont très ancestrales. Et pas toujours très favorable aux artistes. Nous avons eu l’opportunité de créer une structure plus juste et qui nous permet d’être plus libres. 

Il y a un petit miroir dans votre disque qui permet de lire les paroles de vos chansons (écrites à l’envers). Pourquoi?

Justin Broadbent est un artiste visuel. On a eu la chance de travailler avec lui. C’était sa vision à lui. Sa façon de conceptualiser notre musique. Tu ouvres le CD et tu te vois… L’idée c’est que chaque perception est unique et subjective. Mais il ne faut pas traduire ça avec des mots sinon ce n’est plus de l’art.

C’est pas très pratique quand même…

Ahah oui! C’est fait exprès! Mais il faut être impliqué dans son appréhension de la musique. Il ne s’agit pas simplement de consommer sans penser. Il faut être connecté.

Le titre de l’album, «Synthetica», est une référence à «Blade Runner». Qu’est ce qui vous inspire dans ce film?

Il y a beaucoup de choses qui nous inspirent. C’est une chose parmi d’autres. Là c’est plus une référence à l’impression globale que nous a laissée ce film, cette imagerie retro-futuriste et cette vision d’êtres humains qui ressemblent à des humains mais qui n’en sont pas. Car ils sont incapables de compassion. C’est génial de pouvoir se nourrir des autres artistes, de la même façon que nous essayons de donner de la matière à notre public. 

Beaucoup de vos chansons (Twilight, Olivier Assayas, David Cronenbreg) ont été utilisées par des réalisateurs justement. En quoi votre musique les inspire?

Je ne sais pas. Je suis toujours surprise! Pour le film de Cronenberg, «Cosmopolis», on a écrit des chansons spécifiquement pour le film. Il ne nous a pas autorisés à le visionner avant. Il ne nous voulait pas trop littérales. C’était un vrai challenge. Comme il y a beaucoup de dialogues dans le film, je suis partie sur des paroles plus abstraites. Quand un réalisateur utilise des chansons préexistantes c’est autre chose. Mais tout aussi génial. Ça nous rend très heureux car nous adorons le cinéma… Peut-être pensent-ils que notre musique est «cinégénique»? Nous sommes plus inspirés par le cinéma que par d’autres musiques… C’est peut-être pour ça.

En 2004 vous apparaissez dans «Clean», d’Olivier Assayas. Qu’est ce que ça a changé pour vous?

Ça a changé pas mal de choses pour nous en France ! A l’époque on était encore un tout jeune groupe. On avait fait qu’un seul disque. Nous avons fait je crois 18 dates en France . Même au Canada on n’avait pas fait ça!

Quel lien avez-vous avec la France?

Elle: Nous adorons ce pays. Mon père a passé beaucoup de temps ici. Mon parrain est critique de jazz au journal Le Monde. J’ai toujours ressenti une forte connexion avec la France à travers lui. On a toujours hâte de revenir en France.

Lui: La dernière fois qu’on est venus on a eu un public génial. Le concert était incroyable.  En général en France le public a beaucoup d’énergie et très envie de s’amuser.

Emily, David Cronenberg a dit que vous utilisiez votre voix comme un instrument. Qu’en pensez-vous?

Oh c’est gentil. Je crois que c’est vrai. J’utilise aussi… mon cerveau hein! Mais oui, j’ai toujours traité ma voix comme ça. Je pense que c’est parce que j’écris les paroles, alors tout ce que je dis, je le ressens, je le pense, je l’incarne.  Je suis très expressive avec ma voix. Je n’ai pas une voix classique. Je n’ai pas été biberonnée pour être une pop-star, pas de club Mickey pour moi!

L’album contient une chanson avec Lou Reed…

On jouait un tribute to Neil Young à Vancouver. Quelqu’un m’a demandé si je voulais rencontrer Lou. J’ai dit bien sûr. Je ne pensais pas qu’il saurait qui on était. Mais si. Il connaissait notre chanson «Gimme sympathy», Quand on s’est rencontrés il a dit : «who would you rather be the Beatles or the Rolling Stones»… ce qui est une citation de la chanson. J’ai répondu «The Velvet Underground». Il a trouvé ça marrant. Et puis après il m’a invité à des concerts. On s’est retrouvés sur scène, Lou et moi, à chanter «Perfect day». On avait besoin d’une voix rocailleuse comme ça pour the «Wanderlust»… Et j’ai demandé à Lou. Il a accepté tout de suite.