Emilie de Turkheim raconte son expérience de modèle pour peintres.
Emilie de Turkheim raconte son expérience de modèle pour peintres. - IBO/SIPA

Karine Papillaud

On s'en veut de ne pas avoir repéré Emilie de Turckheim dès son premier roman en 2005, Les Amants terrestres. Mais son dernier livre, La Femme à modeler (Naïve éd., 8 €), est un tel bijou, rehaussé par les dessins de Sylviane Blondeau, qu'on ne la laisse plus s'échapper. Le roman raconte son expérience de modèle pour peintres, et c'est délicieux, sensuel, vrai, malicieux. Les Allemands ont reniflé le phénomène littéraire derrière le joli minois. Le Joli mois de mai fait partie des meilleures ventes outre-Rhin. Son dernier roman, Héloïse est chauve (Ed. Héloïse d'Ormesson), vient d'être acheté en Grande-Bretagne . Rarissime pour un auteur français. Attention, un grand écrivain s'épanouit, vous êtes prévenus !

Modèle de peintre, pourquoi ? « Je voulais participer physiquement à la création d'une œuvre d'art, explique la romancière. Ressentir le mélange étrange de discipline et d'érotisme. Ressentir aussi le paradoxe du modèle entre pudeur et exhibition. »

Et l'écriture, alors ? « J'écris pour retrouver l'incertitude de l'enfance, se confie Emilie de Turkheim. Quand on est enfant, pour compenser son ignorance de toute chose, on invente des explications merveilleuses. Et c'est exactement ce qu'est un roman : une explication merveilleuse de l'existence. »

Ce qu'ils pensent d'elle. « Dans La Femme à modeler, ce qui m'a séduit c'est la virtuosité avec laquelle elle décrit le regard inversé du modèle, explique Françoise Cruz, directrice éditoriale de Naïve Livres. Elle est un corps aux mille regards. Mais aussi un écrivain qui ne tombe pas dans le piège du nombrilisme. » « Sa langue est un chocolat suisse fourré à l'arsenic », reprend son complice Harold Cobert, auteur de Dieu surfe au Pays basque (Ed. Héloïse d'Ormesson).