Homme à femmes, Schiele a conservé toute sa vie une réputation détestable.
Homme à femmes, Schiele a conservé toute sa vie une réputation détestable. - X. COSTE

Olivier Mimran

Le mythe de l'artiste maudit prend tout son sens avec Egon Schiele. Car si ce peintre autrichien du début du XXe siècle est aujourd'hui adulé, il fut, de son vivant, raillé, vilipendé et même emprisonné ! Il faut dire que cet anti-conformiste cultivait une part d'ombre peu admissible à la veille de la Grande guerre. C'est ce que raconte admirablement Xavier Coste dans le biopic BD Egon Schiele – Vivre ou mourir *.

Un artiste ombrageux

et provocateur
Hautain, égocentrique et manipulateur. C'est ainsi qu'était généralement perçu le jeune Schiele, qui avait quitté les Beaux-Arts de Vienne à 16 ans, n'en « supportant plus l'académisme ». Et c'est la réputation détestable qu'il conserva jusqu'à sa disparition, à 28 ans, des suites de la grippe espagnole. Il faut dire que cet homme à femmes passait son temps à étriller quiconque ne reconnaissait pas son « immense talent ».
Artistiquement et affectivement lié à Gustav Klimt, alors considéré comme le plus grand peintre autrichien vivant, il entretint aussi avec lui un rapport ambivalent : s'il admirait le pape de la Sécession (le mouvement artistique dont tous deux sont aujourd'hui les plus fameux porte-drapeaux), l'art de Schiele, ombrageux et provocateur, était le négatif de celui de Klimt, lumineux et académique. Cette personnalité tortueuse – qui transparaît graphiquement dans son œuvre - est remarquablement évoquée par Xavier Coste, dont c'est le tout premier album. Sobre et documenté, son travail éclaire sur les mécanismes affectifs et intellectuels d'un artiste dont la carrière fut fulgurante, mais dont l'œuvre demeure éternelle.