Patti Smith lors d'une séance photo le 4 mai 2012. 
Patti Smith lors d'une séance photo le 4 mai 2012.  - Eduardo Verdugo/AP/SIPA

Propos recueillis par Anaëlle Grondin

A peine la version définitive de son nouvel album était-elle enregistrée que Patti Smith avait atterri à Paris. T-shirt rayé négligemment rentré dans son jean, veste sombre, lunettes de soleil, deux tresses retombant sur sa poitrine, la marraine du mouvement punk, âgée de 65 ans, est apparue rayonnante malgré le décalage horaire avec New York. Patti Smith nous a fait écouter un par un ses nouveaux titres, en racontant avec passion chaque histoire qui l’avait inspirée. «C’est l’aventure. Ca reflète les livres que j’ai pu lire ces dernières années, les endroits que j’ai visités», nous a-t-elle confié d’emblée. Ses aventures à elle ont souvent eu Paris pour décor, ville avec laquelle elle entretient une relation particulière. La chanteuse nous explique pourquoi et revient sur son statut d’icône du rock.

Vous connaissez Paris extrêmement bien, vous venez très souvent pour des concerts. Vous rappelez-vous votre première rencontre avec la capitale en 1969?

Absolument! J’étais avec ma sœur. La première chose que j’ai vue, c’était l’église de Saint-Germain-des-Prés. On y est entrées, on a allumé une bougie et on a admiré la statue à la mémoire d’Apollinaire par Picasso. On a aussi fait le tour du Marais, on est allées se promener du côté de Montparnasse. Les marchés aux puces en 1969 étaient spectaculaires. J’ai essayé de visiter tous les endroits que j’avais pu découvrir à travers les livres. On n’avait pas beaucoup d’argent mais c’était merveilleux.

D’où vient ce rapport très particulier que vous entretenez avec Paris?

Ca a commencé avec l’art. J’ai toujours été admirative de Paris pour ça. J’adore la période artistique des années 20 et 30, j’adore Brancusi et Picasso, je m’intéresse au cubisme. J’avais cette image de la ville romantique. Je suis tombée amoureuse de Rimbaud et d’autres poètes français. Et la nouvelle vague du cinéma français, mon Dieu. Tout cela m’a parlé. Je n’arrête pas de me dire qu’il y a quelque part un Français dans mon arbre généalogique, ce n’est pas possible!

La France est d’ailleurs le pays que vous avez choisi pour présenter «Banga» à une poignée de journalistes pour la toute première fois. Avant même de faire écouter l’album à qui que ce soit à New York. Pourquoi?

Et bien… Je ne sais pas! Ca s’est fait comme ça. C’était naturel pour moi. La France est le premier pays à m’avoir considérée comme une artiste complète. Aux Etats-Unis, si vous êtes chanteuse de rock, les gens ne pensent pas que vous pouvez aussi être une véritable poète ou photographe. Je n’ai jamais eu ce problème en France. Tout mon travail est respecté ici, plus que dans mon propre pays.

Justement, vous écriviez et dessiniez avant même de sortir «Horses», l’album qui vous a révélée en 1975. Vous vous considérez autant rockstar que poète ou écrivain?

Je ne pense pas être une rockstar! Dans les années 70, j’aimais penser que j’étais une star du rock et c’était amusant et excitant, c’était un privilège. Je me considère plutôt comme une écrivaine. J’ai commencé à écrire à l’âge de 8 ans, des petits poèmes ou des petites histoires.

Après toutes ces années vous semblez toujours gênée par la célébrité…

(Rires) J’ai été extrêmement heureuse quand j’ai reçu la médaille de commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres [en 2005], comme lorsque j’ai été intronisée au panthéon du rock [en 2007]. Mais quand quelqu’un me présente comme une icône du rock à d’autres personnes je me sens un peu stupide. Je suis simplement un être humain. C’est vrai, je suis heureuse de savoir que l’on va se souvenir de moi. Mais je veux qu’on se souvienne de moi comme une personne qui a accompli de bonnes choses, pour mon travail.

Vous avez obtenu le National Book Award 2010, l'un des plus prestigieux prix littéraires américains pour votre livre «Just Kids», vous avez sorti onze albums, voyagé dans le monde entier. Avez-vous encore des rêves?

Oh oui. Je ne m’attendais pas à ce que ce livre dédié à Robert Mapplethorpe [grand photographe, qui a été son compagnon puis son meilleur ami] soit aussi bien accueilli. C’est la chose la plus réussie que j’ai faite de ma vie. Mais j’ai toujours voulu écrire un classique comme Peter Pan ou Moby Dick. J’espère que j’y arriverai un jour.

Quelle est votre vision du rock aujourd’hui? N’est-il pas moins puissant qu’à ses débuts?

Quand j’étais adolescente, des gens inventaient le rock n’ roll, et au moment où j’ai sorti «Horses» en 1975, j’avais déjà commencé à en faire quelque chose de nouveau. En apparence, on peut avoir l’impression que le rock est moins engagé qu’à l’époque de Jimi Hendrix ou Bob Dylan, Janis Joplin. Je pense simplement que le rock ‘n roll est dans une période de transition. Les gens sont en train de redécouvrir et réinventer le genre.