Une scène extraite de « The Witcher 2 : Assassins of Kings Enhanced Edition » sur Xbox 360.
Une scène extraite de « The Witcher 2 : Assassins of Kings Enhanced Edition » sur Xbox 360. -

Joël Métreau

Lors de sa visite en Pologne en mai 2011, Barack Obama s'était vu remettre en cadeau officiel un exemplaire du jeu vidéo « The Witcher 2 ». On ne sait pas s'il y a joué des heures durant dans le Bureau ovale, mais le studio polonais CD Projekt était très fier. Et si le ministère des Affaires étrangères de leur pays les a contactés, c'est parce que ce jeu situé dans un monde médiéval fantastique repose sur les récits de Andrzej Sapkowski (publié en France aux éditions Milady).
« Il est considéré comme le Tolkien polonais, assure Marcin Iwinski, qui a fondé le studio en 1994. Cet auteur est une fierté nationale. Quand nous avons obtenu les droits pour adapter ses romans, on y croyait à peine. » On ne les a pas lus, mais le monde rugueux, âpre et sombre représenté dans « The Witcher 2 » en laisse imaginer la teneur : régicide, conflits de factions, racisme entre espèces, sexualité non dissimulée, langage sans détour (ex : « On pisse sur la fleur de lys »).« Nous créons d'abord des jeux en pensant aux adultes, balaie Marcin Iwinski. Ce n'est pas juste pour faire sensation. »

« Une histoire forte

autour d'un paria »
« The Witcher 2 » arrive sur console Xbox 360, après une version PC, écoulée à 1,1 million d'exemplaires. Le blockbuster américain « Skyrim » ne lui aurait-elle pas fait de l'ombre en conquérant des millions de rôlistes en novembre ? « Certes, mais “The Witcher 2” est sorti avant et ils sont très différents », note Marcin Iwinski. « Skyrim » se déroule dans un environnement ouvert, ici, le joueur est plus contraint.
Par rapport aux jeux de rôle où l'on construit un personnage de A à Z (sexe, apparence, classe…), ici, un seul héros : le cynique Geralt de Riv, aux pupilles de chat et à la mine patibulaire, le fameux « witcher », sorceleur en français. « Cela nous permet de construire une histoire plus forte autour de ce paria », explique Marcin Iwinski. Et de respecter « un parfum d'authenticité de l'Europe de l'Est, puisque les récits du sorceleur sont imprégnés de l'histoire de ces pays ». Par ailleurs, le cofondateur de CD Projekt constate un développement de l'industrie vidéoludique polonaise. « Maintenant des studios comme Techland (le récent jeu de zombies “Dead Island”) ou People Can Fly (“BulletStorm”) ont émergé. »