Antonio Manfredi, le directeur du Musée d'art contemporain de Casoria, devant l’œuvre détruite de l'artiste Séverine Bourguignon, le 17 avril 2012. 

 
Antonio Manfredi, le directeur du Musée d'art contemporain de Casoria, devant l’œuvre détruite de l'artiste Séverine Bourguignon, le 17 avril 2012.   - ROBERTA BASILE / AFP

A.L

C’est l’artiste française Séverine Bourguignon qui a ouvert le bal mardi, en suivant via Skype l’immolation d’une de ses œuvres. Comme elle, plus de 200 artistes ont donné leur accord à Antonio Manfredi, le directeur du musée d’art contemporain de Casoria, près de Naples, pour qu’il brûle leurs œuvres d’art. Trois tableaux seront brûlés chaque semaine, dans le cadre de l’opération qu’il appelle «Art War».

La décision d’Antonio Manfredi est extrême, mais le directeur la justifie fermement: «La vérité est que vous voulez laisser mourir ce musée, et que les coupes budgétaires à la culture ces dernières années en Italie sont devenues impossibles» a-t-il déclaré, rapporte AgoraVox Italie. «Soit vous changez votre stratégie et vous décidez d'investir sérieusement dans la culture, soit il vaut mieux que je détruise par le feu ce qui est ignoré.» Le directeur du musée avait déjà annoncé son projet en février, sans susciter l’intérêt du gouvernement.

«Fondé en 2005, le musée d’art contemporain de Casoria est devenu en seulement sept ans un lieu important de l’art contemporain en Italie. La collection permanente, qui inclut plus de mille œuvres, dont des peintures, sculptures, installations, vidéos et photographies d'artistes italiens et internationaux est évaluée à environ 6-7 millions de dollars», rapporte encore Agoravox Italie. Arteeconomy24, site italien dédié à l’art contemporain montre quelques photos d’autres œuvres de la collection qui seront bientôt à leur tour réduites en poussière. 

Antonio Manfredi n’en est pas à sa première action choc. Poussé à bout par les menaces de la mafia et l’inaction du gouvernement italien, il avait l’an dernier hissé le drapeau allemand devant le musée pour demander l’asile politique à Angela Merkel. «L'Allemagne est l'un des seuls pays qui n'ait pas taillé dans le budget de la culture. Si le gouvernement laisse Pompéi s'écrouler, quel espoir a mon musée?» avait-il déclaré. Si le gouvernement n’avait pas réagi, le Tacheles, le squat emblématique de Berlin, lui aurait offert l'asile artistique. Mais ses provocations répétées le discréditent aux yeux de certains, comme Eduardo Cicelyn, directeur du Musée contemporain Madre: «Ce n'est pas un musée, il est le geste d'un artiste (Antonio Manfredi est lui-même un artiste, ndlr) qui veut attirer l'attention sur lui-même et parvient à obtenir de la publicité», comme le rapporte Arteeconomy24.

Un budget alloué à la culture presque inexistant

Seul 0,21% du budget italien est consacré à la culture. A titre de comparaison, l’Etat français consacre 0,7% de son budget à la culture. Un autre musée d’art contemporain est actuellement menacé: le musée Maxxi à Rome, criblé de dettes. Le ministère italien de la culture a récemment annoncé sa mise sous tutelle. Autre signe du désengagement de l’Etat dans le domaine culturel: le Fonds unique pour le spectacle (FUS), qui subventionne les théâtres italiens, a perdu 50% de son budget en 2011.

Le porte-parole du ministère n'a pas fait de commentaire pour le moment au sujet du projet «suicidaire» d’Antonio Manfredi. Il lui reste à espérer que le gouvernement ne réagisse pas avec l’indifférence de sa consœur Angela Tecce, directrice du Château Sant’Elmo à Naples, qui a déclaré: «Les musées sont des institutions auxquelles appartient la décision de naître ou de mourir.»