Manifestation le 8 Décembre 2011 à Paris, contre «Golgota Picnic»
Manifestation le 8 Décembre 2011 à Paris, contre «Golgota Picnic» - JOEL SAGET / AFP

© 2011 AFP

Un sepctacle «christianophobe»: c'est ainsi que quelque 160 catholiques venus manifester dans le calme jeudi soir, face théâtre du Rond-Point, qualifiaient la pièce qui s'y jouait: Golgota Picnic. Ce spectacle de l'Argentin Rodrigo Garcia tournant autour de la figure du Christ, défendu par des manifestants laïcs, a aussi déclenché une veillée réunissant plusieurs milliers de fidèles choqués à Notre-Dame.

«Ce sont des dingues», a lancé peu avant le début de la première représentation de cette pièce, le directeur du théâtre Jean-Michel Ribes, dont les appels au calme ont été entendus. Le spectacle, programmé à 20H30, a commencé, sans incidents extérieurs, peu avant 21H00, selon une journaliste de l'AFP dans la salle. Il a été conseillé aux spectateurs de se rendre au théâtre une heure à l'avance, en raison d'importante mesures de sécurité.

Une question de respect?

Vers 20H00, environ 160 catholiques, selon un décompte de l'AFP, avaient défilé en silence derrière une banderole «Culture et foi: et si on se respectait?», tandis que deux jeunes brandissaient également une image du suaire du Christ de Turin. Ils venaient ensuite déposer des roses blanches devant le théâtre.

Environ 800 policiers et des dizaines de véhicules de police étaient stationnés aux abords du théâtre, où les manifestants se sont dispersés dans le calme peu après le début du spectacle, a constaté un autre journaliste de l'AFP.

«C'est une manifestation pacifique», a affirmé l'évèque auxiliaire de Nanterre, Nicolas Brouwet. «Nous demandons que notre foi ne soit pas tournée en dérision».

«Le délit de blasphème n'existe pas»

Des ultra-catholiques ont déjà perturbé les représentations données à Toulouse. Objet de leur indignation: une lecture provocante des Evangiles, une scène de crucifixion trash et une peinture du Christ en «putain de diable».

Parallèlement, une soixantaine de personnes, brandissant des drapeaux de la CGT ou d'Alternative Libertaire, étaient venues soutenir les organisateurs de la pièce. Parmi elles, Agnès Tricoire, de la Ligue des droits de l'Homme, a rappelé que «le délit de blasphème n'existe pas» en France et invité les catholiques à «aller voir la pièce».

Méditation sur la Passion

Au même moment, à Notre-Dame de Paris, plus de 4.000 fidèles se sont réunis pour une veillée de prières et une «méditation sur la Passion». L'assistance était invitée à vénérer la couronne d'épines que portait le Christ lors de son procès ainsi qu'un morceau de la croix qu'aurait rapportés le roi Saint Louis (1214-1270), et pour lesquels il fit édifier la Sainte Chapelle.

La cathédrale était bondée, au point que des fidèles ont dû s'asseoir sur les marches menant à l'autel et que ses portes ont été fermées car le bâtiment ne pouvait accueillir plus de monde, a constaté une autre journaliste de l'AFP.

«Nous ne sommes pas venus ici pour faire une manifestation, nous sommes venus ici le coeur débordant d'amour», a déclaré l'archevêque de Paris André Vingt-Trois à l'assistance.

Interrogé par l'AFP, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, a ajouté que «la veillée doit permettre aux catholiques qui se sentent soit offensés, soit troublés par ce qu'on leur a dit de ce spectacle, de se réunir dans un acte de vénération du Christ».

Emmenés par l'Institut Civitas, des intégristes catholiques avaient manifesté plusieurs soirs en octobre devant le théâtre de la Ville à Paris, pour protester contre la pièce «Sur le concept du visage du fils de Dieu», qu'ils jugent également «christianophobe».

Pourtant, l'épiscopat français n'avait nullement jugé «christianophobe» la pièce de l'Italien Romeo Castellucci.

Pour Golgota Picnic, la donne est tout autre. Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France, estime qu'il s'agit d'un spectacle «blessant», que l'archevêque de Paris André Vingt-Trois considère comme «caricatural par rapport au Christ».

Sur le terrain politique, le sénateur Nouveau centre et élu de Paris Yves Pozzo di Borgo va déposer au prochain Conseil de Paris un amendement «au nom de la laïcité» demandant à la mairie de Paris de réduire ses subventions au théâtre.