Planche de Very Bad Twinz, de Margaux Motin et Pacco, chez Fluide G.
Planche de Very Bad Twinz, de Margaux Motin et Pacco, chez Fluide G. - Margaux Motin et Pacco

«C’est quoi cette manie de vouloir à tout prix SA pétasse qui n’a rien à dire de plus que ‘hihihi c’est tro chanmé j’ai des Louboutin’? Et quoi? Nous autres, femmes dessinatrices, on est condamnées à être publiées dans des trucs de gonzesse débile, à causer de mascara, dans un ghetto bien loin des vraies éditions qu’on propose par ailleurs?». Le coup de gueule est de Tanxxx, auteure de BD, sur son blog Des Croûtes au coin des yeux. Le phénomène de la BD dite «girly», équivalent de la «chick lit» («littérature de poulette»), regroupant des dessinatrices qui ont à la fois un blog de dessins et publient des albums, fait le bonheur des éditeurs, tandis qu’il fait enrager beaucoup d’autres. Surtout, selon Tanxxx, «le propos de ces greluches est éminemment dangereux dans la mesure où il véhicule les pires clichés sur la gonzesse.»

Boire en culotte

«Moi mon blog, c’est mon quotidien», s’insurge Pénélope Bagieu, estampillée auteure «girly», sélectionnée au festival d'Angoulême pour son album Cadavre Exquis et auteure du blog Ma vie est tout à fait fascinante. «Est-ce que l’on trouverait bizarre qu’un homme raconte sa vie privée? Je ne vais pas inventer l’histoire d’un homme de 80 ans». «C’est important de voir des filles en train de boire un coup en culotte avant de sortir, c’est hyperréaliste», juge Natacha Henry, historienne et essayiste, qui travaille sur le sexisme dans la culture populaire. «On ne reproche pas à Bénabar ou Vincent Delerm de raconter leur vie dans leurs chansons. Et ils le font en permanence.»

Margaux Motin, qui vient de publier Very Bad Twinz avec Pacco (détenteur d’un pénis), assure défendre à travers ses dessins «le droit à la liberté»: «la liberté d’être la femme que l’on veut être. La liberté de s’écouter en faisant taire les voix des dictats, qu’ils soient sociaux, masculins, ou même prétendument féministes». Sous-entendu: sous prétexte que l’on dit que les nanas sont futiles, elles ne vont pas se mettre à dessiner des personnages de traducteurs de latin. Alors oui, parler de Louboutin, pourquoi pas, ça fait partie de la vie (pour les chanceux. Mais H&M ça marche aussi).

Un univers macho

Sans compter que ces auteurs sont pour le moins de sacré modèles - et chez lesquelles le second degré joue à plein. «Eclairer le fait qu’elles parlent parfois de fringues, c’est vraiment pour ne pas voir que ce sont des femmes talentueuses qui ont les fesses sur une chaise à dessiner toute la journée, juge Natacha Henry. Ce sont les dignes héritières de Claire Bretécher, dans un monde très macho.»

«Que la blogosphère BD s’ouvre aux dessinatrices, c’est la meilleure chose qui ait pu arriver à la BD, estime Pacco. Il y a quelques années, la lectrice avait une toute petite place: en terme de fond ou de forme, on trouvait souvent des thématiques et des dessins très machos. Des auteurs comme Pénélope ou Margaux ont défoncé les portes et tous les canons de la BD classique».

Des héroïnes fortes

Aucun antiféminisme alors, dans la BD «girly»? Si, celui des éditeurs. «Je suis en partie d’accord avec Tanxxx», nuance Pénélope Bagieu. «Les éditeurs s’acharnent en effet à publier n’importe quelle nana grâce à laquelle ils pourront vendre une couverture rose, même si elle n’a pas de talent. Moi quand j’ai voulu dessiner des super-héros, on m’a dit ‘super, il faudrait que ce soit des super-héroïnes, et qu’elles utilisent leur pouvoir pour faire les soldes’. Le message de ces éditeurs-là, c’est ‘tu es une femme donc tu t’intéresses aux fringues et aux chats mignons’». La BD faite par des femmes, génial. On pourrait ne pas lui donner un nom à part?

 

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