Comment écrire après le 11 septembre? Ce mardi matin-là, devant la télé, l’une des premières choses que Jay McInerney dit à son ami romancier Bret Easton Ellis, c’est: «Je ne sais pas comment je vais pouvoir me replonger dans le roman que je suis en train d’écrire». Ellis a répondu: «Je vois exactement ce que tu veux dire».

Mais il n’aura fallu que trois ans à Jay McInerney, pour publier La Belle Vie, son premier roman post-11-Septembre. La littérature américaine s’est très vite emparée du sujet. En moins d’une décennie, John Updike (Terroriste), Don DeLillo (L’Homme qui tombe), Jonathan Safran Foer (Extrêmement fort et incroyablement près), ou Benjamin Kunkel (Indécision)… ont tous publié des romans sur le sujet. Annie Dulong, post-doctorante en littérature travaillant sur l’imaginaire du 11-Septembre, l’explique notamment par l’empressement des journaux, dès l'après-midi du 11 septembre 2001, «à interpeller les auteurs pour qu'ils répondent à l'événement», et par le fait que beaucoup d’écrivains américains habitant New York, ils étaient aux premières loges. «J’ai écrit sur le 11 septembre parce que je me suis retrouvé à Ground Zero après les attaques, et cela m’a hanté», confie ainsi l’écrivain Jess Walter à 20Minutes. «C’est comme si mon pays était devenu fou».

Un contre-discours

Il y avait une sorte de nécessité à se réapproprier la ville et l’événement par les mots. Pour Don DeLillo, le discours de l’ère du 11-Septembre appartenait désormais aux terroristes, il fallait «créer un contre-discours» pour leur échapper, notait-il dans son essai Les ruines du futur. «Il y a quelque chose de vide dans le ciel. L’écrivain cherche à donner mémoire, tendresse et sens à tout cet espace hurlant».

Certains ont abordé de plein front les événements, à la manière de Un désordre américain (Ken Kalfus), ou The Writing on the Wall (Lynne Sharon Schwartz), explique Annie Dulong. Dans d’autres livres,  le 11-Septembre est un simple marqueur: soit il déclenche le récit, soit il est évoqué comme borne temporelle, sans que les événements ne soient à proprement décrits ou mis en scène. Le 11 septembre apparaît aussi par l'évocation de l'absence des tours, «lorsque les personnages se tournent vers l'endroit où se trouvait le World Trade Center, s'arrêtent un moment, puis reprennent leur marche. On trouve ce registre chez Auster, Hustvedt, etc.»

Une Amérique nouvelle en toile de fond

Car au-delà de l’évocation du 11 septembre, c’est aussi par l’évocation d’une autre Amérique que l’événement a marqué la littérature. «C’est cette Amérique différente que décrit Jonathan Franzen dans son dernier roman, Freedom», souligne l'éditeur Olivier Cohen, fondateur des Editions de l'Olivier. Une Amérique plus fragile. «Dans Freedom, le plus important est ce qui a suivi le 11 Septembre: les guerres en Irak, en Afghanistan. Les conséquences des attentats. Ce qui est certain, c’est que ces années-là ont contribué à modifier la vie en Amérique, la manière qu’ont les Américains, écrivains inclus, de comprendre où va leur pays».

«Beaucoup de contre-utopies sont nées depuis le 11-Septembre, estime Jess Walter. «C’est devenu plus facile d’imaginer la fin du monde pour les écrivains».

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