«Freedom»: une liberté si embarrassante

LITTERATURE Jonathan Franzen décrit une Amérique contemporaine déboussolée...

Charlotte Pudlowski

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Jonathan Franzen, auteur de «Freedom», dans une émission de télévision italienne, le 20 mars 2011 à Milan.

Jonathan Franzen, auteur de «Freedom», dans une émission de télévision italienne, le 20 mars 2011 à Milan. — REX / SIPA

«Le grand romancier américain»,  c'est ainsi qu'a été sacré Jonathan Franzen par le magazine Time, qui a décidé, au moment de la sortie de Freedom aux Etats-Unis, d'en faire sa une. L'écrivain était alors le premier depuis dix ans à figurer en couverture, pour ce roman qui dit si bien ce qu'est l'Amérique contemporaine.

Franzen campe ses personnages, les Berglund, dans une banlieue chic. Ils s'y installent dans les années Clinton (le roman se poursuit jusqu'aux années Bush) et, sur fond de corruption politique, de mesquinerie des démocrates, de dangerosité idéologique républicaine, de militantisme écologique contradictoire, l'auteur dépeint une société où la liberté, dévoyée, est érigée en valeur suprême. Vous êtes libre : achetez des couches en tissu ou en plastique.

«America is a free country» (les Etats-Unis sont un pays libre), entend-on à l'envi dans les discours américains. Mais que faire de cette liberté, trompeuse? A 17 ans, Patty, l'héroïne, prend une cuite. « Elle était ivre pour l'une des premières fois de sa vie. Elle s'était sentie si merveilleusement libre! » Moyennant quoi, elle se fait violer cette nuit-là.

Passion, raison, compétition

Au-delà de la liberté politique, c'est de la liberté intime de chaque personnage qu'il est question. Franzen évoque le conflit de Patty, qui a la liberté de tromper son mari Walter, de Richard, qui a celle de trahir son meilleur ami (Walter), de Walter, qui a celle de s'enfermer dans le malheur ou d'essayer de s'en sortir.

Dans le chapitre intitulé « Le libre-échange engendre la compétition», Patty décide d'échanger la passion contre la raison, Richard contre Walter – entre lesquels l'amitié est aussi idolâtre que la compétition est intense. Le libre-échange de la société américaine contamine les relations intimes. Et Patty «en arrive presque à la conclusion qu'elle se lamentait d'avoir autant de liberté», écrit Franzen.

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