Sofi Oksanen ou le best-seller européen

CULTURE Cette Finlandaise est la grande découverte étrangère de la rentrée littéraire. Elle a reçu mercredi soir le prix du roman européen...

A Bruxelles, Charlotte Pudlowski

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Sofi Oksanen lors d'un festival de littérature internationale à New York, le 28 avril 2010

Sofi Oksanen lors d'un festival de littérature internationale à New York, le 28 avril 2010 — AFP PHOTO / Stan Honda

200.000: c’est à peu de choses près le nombre d’exemplaires de Purge, de Sofi Oksanen, que Stock vendra pour cette rentrée. Un nombre qui range l’auteur dans la catégorie des best-sellers.

Ce roman raconte –notamment– l’Estonie. Occupation soviétique, Seconde Guerre mondiale, occupation allemande… Et puis les Soviétiques de nouveau. Et à travers l’Histoire se tissent les histoires tues, celles des purges, des populations trahies par leurs gouvernements, de l’exploitation sexuelle des femmes.

Le roman, traduit dans 38 langues, avait déjà décroché le prix Fnac, le Femina, et des nominations pour quantité d’autres récompenses. Il a ajouté mercredi soir à la liste celui du roman européen.

Violer un pays

Le succès de Sofi Oksanen est, comme celui de tous les best-sellers, en partie inexplicable. «Au-delà de 20.000 exemplaires commence le malentendu», disait Malraux. «Au delà d'un certain volume, le succès passe par l'agrégation de publics contradictoires», soulignait récemment Pierre Nora en poursuivant sa pensée.

Mais en Europe, Purge a une résonnance particulière. Vollker Schlöndorff, président du jury, a expliqué dans l’Hémicycle du Parlement européen où était remis le prix, que l’on sentait à travers ce roman, concerné par l’histoire du continent (de l’Etsonie, mais aussi de la Russie ou de l’Allemagne), les angoisses qui parcourent l’Europe en ce moment. «Sofi Oksanen parle du viol des femmes dans un pays, du viol d’un pays», a-t-il souligné.

«Quand j’étais en Islande pour la promotion du livre, confie l'auteure à 20minutes.fr, des lecteurs m’ont dit qu’ils avaient l’impression que je parlais de l’Islande, parce que eux aussi avaient été trahis par leurs dirigeants. Ils faisaient le parallèle très naturellement».

Multiculturalisme

Si Sofi Oksanen parvient, avec son roman poignant, à toucher un si vaste lectorat, c’est aussi parce que l'auteure est elle-même la quintessence du multiculturalisme du continent.

Père finlandais, mère estonienne, elle n’a cessé de voyager entre les deux dans son enfance. D’un pays où tout était neuf (la fondation de sa petite ville natale en Finlande datait d'à peine plus d’un siècle) à un autre où tout était «vieux». «C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai toujours été intéressée par l’histoire, et par l’Europe. J’allais d’un pays à l’autre, et je voyais le contraste».

Un multiculturalisme qui l’a aussi conduite à se nourrir d’une littérature de tous bords. Des auteurs finlandais, à ceux des voisins. Les sœurs Brontë. Ou Angélique (surnomée Marquise des Anges)… «Mon livre est très européen, incontestablement.»

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