L'auteur se plaît à décrire l'envers du miracle économique irlandais.
L'auteur se plaît à décrire l'envers du miracle économique irlandais. - C. HELIE / GALLIMARD

Hubert Artus

Le miracle économique vert teinté de noir. En 2004, on découvrait en France Ken Bruen, un Irlandais alors encensé aux USA et en Gran­de-Bretagne, et enfin traduit ici. Il publie ce mois-ci En ce sanctuaire (coll. « Série noire », éd. Gallimard), septième aventure de son détective Jack Taylor.
Avec cette série commencée en 2004 avec Delirium Tremens, Bruen réinventait le personnage du détective. Aux attributs habituels du bonhomme (passé douloureux, cames, alcool...), il lui collait une addiction supplémentaire : les livres.

Une ancienne nonne démente
Un polar de Bruen est un monde où « poètes, écrivains, philosophes, hâbleurs, sont intimement associés dans le même chaos destructeur », comme on peut le lire dans Le Martyre des Magdalènes (2006). Ses livres organisent une grande visite de l'inconscient culturel des années 2000, tout en traitant de pédophilie, de racisme, et surtout du poids de la religion. Le tout à travers le miracle économique d'abord, et l'effet boomerang de la récession à présent.
En ce sanctuaire est marqué par cette crise. Les quartiers de Gal­way perdent leur âme en s'uniformisant, et les habitants leur accent. Cette Irlande égare en chemin ses fondamentaux, ses croyances, ne connaît plus la pitié, et succombe au cynisme. Mais elle conserve sœur Benedictus, une ancienne nonne devenue femme tatouée et démente, prête à tuer flics, juges, enfants… et Jack Taylor. Des digressions constantes, une narration à la mitraillette (chapitres hyper-courts), un humanisme désespéré, de l'émotion en forfaits illimités... Ken Bruen, c'est une Rolls de la littérature noire.