Vous ne comprenez rien à la peinture de Basquiat?

Culture 20minutes.fr va vous expliquer...

Charlotte Pudlowski

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Attention, pour lire cet article (et le comprendre) il va falloir bien regarder la reproduction de la toile «In Italian» du peintre Jean-Michel Basquiat, qu’il a réalisée en 1983. Dieter Buchhart, commissaire de l’exposition consacrée au peintre américain, qui se tient au musée d’art moderne à partir de vendredi, a décrypté pour 20minutes.fr l’un des chefs d’œuvre de l’artiste.

Vous voyez les petits carrés qui dépassent? A toutes les extrémités de la toile? En haut, en bas? Basquiat peignait notamment sur des panneaux de bois – il avait commencé avec les graffitis - et il a gardé les petits morceaux qui dépassent «pour préserver la rudesse de son travail» explique Dieter Buchhart.

Il peignait sur des panneaux de bois donc, et souvent sur des panneaux dissociés, qu’il assemblait ensuite à sa guise et repeignait ensemble. Donc la grosse séparation au milieu, entre les deux tasseaux, c’est normal. Et la distinction si nette entre les couleurs, c’est logique aussi, puisque «les panneaux n’ont pas été peints ensemble dès le départ» souligne le commissaire.

De quoi ça parle?

Basquiat était noir. Il était noir à une époque où les Etats-Unis n’étaient pas encore prêts d’élire Obama. «Quand il hélait des chauffeurs de taxi dans la rue, et même les jours où il était très élégant, habillé en costume Armani, les voitures ne s'arrêtaient pas pour un afro-américain». C’était l’Amérique raciste, et l’artiste en souffrait. «Le personnage sur le panneau de droite, on devine que c'est un Afro-Américain, aux traits que Basquiat lui a donnés». (Même si oui, il est peint en vert.) Sa souffrance se manifeste moins par son teint verdâtre que par ce qu’il y a écrit au-dessus de sa tête: «crown of thorns» ou «couronne d’épines» en français. «Ce que portait Jésus lors de sa crucifixion – et qui revient sans cesse dans l’œuvre de Basquiat», précise Dieter Buchhart.

Pourquoi écrit-il la couronne, plutôt que de la peindre? «Jean-Michel Basquiat aimait, autant que le sens des mots, leur aspect visuel» raconte le commissaire. «Et il les mettait en avant en les entourant (comme "blood" - sang, entouré de rouge, au-dessus du singe sur le panneau de gauche ; comme "orange", barré de traits oranges, ou comme "sangue" sur le panneau de droite). Rayer un mot peut aussi le mettre en avant» - comme aujourd’hui sur Internet quand on fait ça.

Anti-capitalisme

Basquiat était un grand copain d’Andy Warhol. Et comme Warhol, il se moquait de la société de consommation. «C’est ce qu’il fait tout à droite du tableau, avec la petite tête de Hoek» (là où c’est marqué Hoek, et qui ressemble à un Shrek des années 80) «et avec l’autruche, qui étaient des marqueurs de la pop culture des années 80. Il s’adonne aux détournements, analyse le commissaire. C’est ainsi qu’il transforme aussi les pièces de 10 centimes» (en haut à gauche). «L’une montre un profil, le mot "liberté", la date, et la devise "En Dieu nous croyons". A droite, il reproduit la pièce sur fond rose, la devise a disparu. Le profil grimace, et le symbole de copyright est apparu: il s’est approprié un objet du quotidien pour en faire sa propre toile».

Il y a aussi beaucoup de détails invisibles sur la photo. Comme les traces de pas du peintre sur les panneaux – parce que Basquiat marchait sur ses tasseaux. Et la densité des couches de peinture successives, qui se recouvrent les unes les autres. «Je redessine et j'efface mais jamais au point que l'on ne puisse voir ce qu'il y avait avant. C'est ma version du repentir» expliquait l’artiste.

Basquiat, 15 octobre 2010 - 30 janvier 2011 au musée d'art moderne.

«In Italian» de Jean-Michel Basquiat, 1983. The Stephanie and Peter Brant Foundation, Greenwich, Connecticut.

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