Bret Easton Ellis: «La réalité? mes livres parlent de moi!»

CULTURE L'auteur d'«American Psycho» parle de son dernier livre, «Suites Impériales» à 20minutes.fr...

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

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Bret Easton Ellis, au festival America en septembre 2010 à Vincennes, France

Bret Easton Ellis, au festival America en septembre 2010 à Vincennes, France — BALTEL/SIPA

Il y en a peu, des écrivains rock and roll, de ceux qui sont autant associés à la coke qu'à la littérature, qui ont fait la une de magazines people, et dont certains fans ont les titres de livres tatoués sur le bras. Bret Easton Ellis, auteur d'American Psycho et de Lunar Park en fait partie. De passage à Paris pour la promotion de son dernier livre, Suites impériales (chez Robert Laffont), il reçoit dans un salon de l'hôtel Costes.

Ca vous fait quoi d'être une icône ?
Franchement ? Ça m'émeut.

Je croyais que toutes ces histoires de fans, d'interviews, de célébrité, ça vous fatiguait ?
Les interviews, oui. Mais les fans, non. Bien sûr que ça me touche.

Pourquoi ?
Je n'en sais rien! Mais je vais vous raconter un truc: j'étais en Irlande cette année, en promo. J'avais oublié que là-bas, mes livres sont étudiés au lycée et à l'université. Je devais donner une lecture, et je n'étais pas du tout préparé à la masse de fans qui est venue m'écouter. Mais je n'ai même pas lu, ou juste une minute. Parce qu'on devinait, à sentir la foule, les murmures, qu'ils voulaient parler, communiquer. Et pendant une heure et demie, on a discuté. Les gens étaient au bord des larmes en parlant de mes livres. J'étais comme un sauveur, avec des gens venus en fauteuil roulant. Mais la réalité, c'est que mon travail est personnel, les livres parlent de moi.

Avant, vous disiez l'inverse, que vos personnages n'étaient pas vous…
Oui. C'est seulement depuis cette promo-là. Mais c'est vrai. Enfin, c'est de la littérature, de la fiction. Clay n'est pas complètement moi. S'il était moi, il ne serait pas assis ici à faire cette interview. Mais il y a des parts de Clay qui sont moi, des parts de moi qui sont Clay.

Vous dites qu'écrire vos livres vous libère…
Ecrire les vingt dernières pages de Lunar Park (son avant-dernier roman sur un écrivain hanté par le fantôme de son père et ses personnages), c'était euphorisant. C'était un exorcisme. Je me suis libéré de tellement de trucs, de ma culpabilité par rapport à mon père, de problèmes irrésolus avec lui. Je pleurais en même temps que j'écrivais. C'est vrai. Et après, j'étais tellement soulagé ! Et ensuite j'ai beaucoup pensé à Clay, je me suis demandé ce qu'il était devenu et j'ai écrit Suites impériales. Ces livres, c'est moi.

critique

Suites impériales est la suite magistrale et brillante de Moins que zéro, premier roman cultissime de Bret Easton Ellis écrit en 1985. On y retrouve les adolescents aux narines pleines de poudre vingt-cinq ans plus tard, visages figés par le bistouri, personnages fracassés qui continuent de danser au rythme de l'argent et des paillettes à Los Angeles. Le roman impérial de la rentrée.

C.P.