Pourquoi un film déjà salué par la critique, par les internautes et par une salve de prix dans des festivals ne sort pas en salles? A priori, c’est le sort réservé aux nanars, oeuvres de seconde zone, ou ayant connu un échec commercial dès leur sortie dans les premiers pays. Mais cela se généralise: de plus en plus de long-metrages ne connaissent pas de carrière en salles, mais sortent directement en DVD. Bien moins glamour, a priori...

C’est pourtant le sort qu’a connu Moon, sorti directement – et très discrètement – en DVD ce mercredi (1), sans passer par la case cinéma. Réalisé par Duncan Jones, issu de la pub (et fils de David Bowie pour la petite histoire), Moon est un film de science-fiction déjà mythique, primé dans plusieurs festivals.

Le pitch: dans une époque indéterminée, Sam Bell vit depuis plus de trois ans dans la station lunaire de Selene, où il gère l’extraction de l’hélium 32, seule solution à la pénurie d’énergie sur Terre. Implanté dans sa «ferme lunaire», ce fermier du futur souffre en silence de son isolement et de la distance le séparant de sa femme, avec laquelle il communique par web-conférences. Il a pour seul compagnon un robot futé et (trop) protecteur, lointain cousin de Hal 9000 de 2001: L’Odyssée de l’espace... Jusqu’à ce que, à quelques semaines de l’échéance de son contrat, il se découvre un clone.

«Film de science-fiction d’auteur»

En creux derrière Moon, une réflexion sur la dualité, l’évolution technologique, les clones, et une attaque en règle contre les multinationales en recherche de profit – ici, Lunar Industries, qui fait signer des CDD très particuliers à ses «fermiers».

Un véritable film de SF intello, donc, plus proche de 2001 de Kubrick que de Iron Man 2 (dont l’acteur principal, Sam Rockwell, est issu) ou d’un nouvel Avatar. C’est peut-être le problème.

Le film a pourtant connu un succès honnête: «Il a eu près de 200.000 entrées en Grande-Bretagne, et est sorti en salles en Allemagne, en Espagne, et dans quelques salles outre-Atlantique», résume Didier Costet, patron de Swift Production, distributeur de Moon en France.

Seulement voilà: il appartient à un genre cinématographique peu défini, le «film de science-fiction d’auteur. Le public, surtout les ados, sont sortis dubitatifs des salles. Moon est entre-deux: la SF est un genre grand public, mais ce film ne l’est pas», admet Didier Costet.

«Pas une sanction» pour le film

Qui a donc décidé de ne pas le sortir en salles. «Il y a beaucoup trop de films qui sortent en France, il serait noyé dans la masse. Mais il ne faut pas y voir un aveu d’échec», justifie le distributeur.

Il met aussi en avant la difficulté de faire de la pub pour une oeuvre de ce type. Il en a longtemps été question (lien), mais les films n’ont pas droit à des campagnes de pub en télé, «ce qui permettrait pourtant de mieux toucher le grand public. Les long-métrages sortant au cinéma sont essentiellement promus par les articles de presse», insiste-t-il.

Alors que là, la sortie en DVD de Moon s’accompagne dès ce week-end d’une campagne de pub en presse écrite et en TV - ce qui n’aurait pas tété possible si le film était sorti en salles. Du coup, le distributeur prend moins de risques, et rationalise davantage ses coûts. Au risque que les fans de SF ne se sentent lésés du spectacle que leur aurait offert un tel film sur grand écran.

(1) Moon, la face cachée, réal. Duncan Jones, France Télévisions Distribution

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