Alexander Aciman à la redaction de 20minutes le 31 mars 2010 pour la sortie de son livre "La Twitterature"
Alexander Aciman à la redaction de 20minutes le 31 mars 2010 pour la sortie de son livre "La Twitterature" - S.ORTOLA/20MINUTES

Interview d’Alexander Aciman sur son livre « La twittérature », coécrit avec Emmett Rensin qui parait aujourd'hui aux Editions Saint-Simon.

Comment vous est venu l’idée d’écrire ce livre?
Avec Emmett, on étudie la littérature. On est copains de chambre à l’Université de Chicago. Il y fait très froid et il fallait faire quelque chose si on ne voulait pas devenir fous. A nous deux, on a cent livres dans notre chambre, on a même du mal à les stocker… On a eu beaucoup de chance d’être avec quelqu’un qui aime les mêmes choses. Ces cent livres, on les a tous lu, ils nous impressionnent beaucoup. Il nous semblait normal de nous en moquer: c’est ce qu’on fait des choses qu’on aime, on s’en moque. Au début, on faisait quelques blagues et puis on a trouvé que c’était plus drôle encore, plus substantif, d’écrire un livre comme ça.

Il vous a suffi de faire des blagues pour vous motiver à écrire un livre ?
A la vérité, le but était de gagner de l’argent et de faire rire. On a développé l’idée parce que ça nous permettait de faire quelque chose avec les livres qu’on aime beaucoup. Par exemple, j’adore Crimes et Châtiments. Je l’ai lu trois ou quatre fois. Bien sûr, je pourrais écrire dessus mais Twitterature me donne la chance d’en faire quelque chose de plus personnel, de plus intime. C’est comme lorsqu’on lutte avec son petit frère : on s’aime bien mais on se dispute par jeu, pour se divertir.
 
Pourquoi avoir choisi Twitter ?
On a choisi Twitter parce que c’est quelque chose de vraiment affreux, qu’on n’aime pas, qu’on n’utilise pas… à part pour s’en moquer. Je me souviens qu’au retour des vacances, tout le monde était sur Twitter, c’était ennuyeux. Mais on savait que les éditeurs pourraient trouver ça drôle, justement parce que tout le monde emploie Twitter.
 
Et il y a une raison sur le choix des vingt twitt et pas un de plus ?
C’était plus simple que 25 par exemple, en règle générale. Même si c’était plus difficile pour les livres plus longs. Il nous fallait garder l’histoire mais au plus court, sans la changer.
 
Comment avez-vous envisagé de minimiser le style des auteurs ?
Je ne sais pas pour la version française mais en anglais, on a essayé de faire des blagues avec le style de l’auteur, de l’exagérer. Dans Tristram Shandy de Laurence Sterne par exemple, il y a vraiment des pages entières avec des étoiles.
Parfois c’était plus difficile. On a dû accepter de laisser tomber quelques points du narratif. Je savais que je ne pourrais pas garder chaque point, que je devais choisir non pas ce que j’aimais mais ce qui était le plus important.
Je ne suis pas Proust, je ne suis qu’un jeune de 19 ans qui aime se moquer de Proust. L’esprit littéraire de Proust n’est pas pour autant perdu. Je ne pouvais pas tout garder. Il en va de même pour Shakespeare.
 
Y a-t-il des livres que vous n’avez pas réussi à reprendre ?
Mort dans la famille de James Agee était impossible à reprendre. Il n’y a vraiment aucune comédie dans l’histoire, ce n’est pas drôle. Les éditeurs américains voulaient vraiment qu’on le reprenne mais ce n’était pas possible, on ne pouvait pas en rire.
 
Vous avez eu des problèmes avec les droits d’auteur ?
Certains auteurs ont refusé. Principalement des auteurs britanniques. Les Anglais sont jaloux de leur propriété comme Joyce ou Elliott… Pour obtenir la permission c’était absurde parfois comme pour The Beatles. Ce n’est pas un livre mais l’album raconte une histoire donc on voulait le détourner.
Une anecdote amusante : on a reçu une lettre personnelle de l’avocat de J. K. Rowling. Il nous demandait ce qu’on voulait faire avec le livre. On lui a dit qu’on voulait trouver des gens qui ressemblaient aux acteurs de Harry Potter et faire des photos pornos. Bien sûr, l’avocat n’était pas d’accord… Mais en fait, on voulait juste recevoir une lettre signée par J. K. Rowling, complètement enragée. On l’aurait montrée à nos copains et on l’aurait encadrée dans le livre. Tout ce qu’on souhaitait c’est lui poser des problèmes mais pas vraiment prendre ces fameuses photos, on n’en avait même pas l’intention. On aurait aimé avoir des problèmes légaux avec elle… Les journaux en auraient parlé partout et le livre se vendrait mieux si on apprenait que deux jeunes ont provoqué la femme la plus riche.
 
En-dessous du titre il y a écrit « les chef-d’œuvres de la littérature revus par la Génération Twitter »… Vous considérez Harry Potter comme un chef-d’œuvre ?
Harry Potter et Twilight sont les deux seuls livres qu’on n’a pas lus. Si on les a mis avec les autres livres c’est une blague. On s’est dit que si 10.000 filles de 14 ans disent que c’est un classique, c’est que ça doit être la vérité…

Pensez-vous que Twittérature peut inciter à la lecture ?
Malheureusement ouais… Mais si quelqu’un veut lire Hamlet après avoir lu notre livre, c’est la fin de la littérature… Surtout qu’on a cherché à faire quelque chose de comique, il sera probablement déçu en lisant Shakespeare de découvrir qu’il s’agit en fait d’une tragédie.
 
On peut avoir envie de lire les livres dont vous parlez alors que vous racontez la fin ?
Je ne pense pas que ça va empêcher les personnes de lire. On ne lit pas forcément pour l’histoire. Il y a pleins de livres que j’ai lus alors que mon père m’avait dit la fin et je les adore quand même. Mais si des étudiants au lycée décident de faire un résumé à partir de notre livre, je ne pense pas que ce soit une bonne idée…
 
La traduction française n’est pas toujours heureuse… Pourquoi ne pas l’avoir faite puisque tu parles français ?
Je n’aurais pas pu le faire. Je n’aurais probablement pas eu assez de temps. Il aurait fallu faire beaucoup de recherches quand je vois toutes les notes du traducteur… Je trouve ces notes géniales. On n’a pas ça dans notre version américaine, c’est dommage, c’est vraiment bien…
 
Vous n’avez pas hésité à faire preuve de vulgarité pour parler de tous ces romans…
Le but est que le lecteur n’ait pas besoin d’avoir lu tous les livres pour trouver notre livre drôle. C’est vrai qu’il y a des gens qui le trouvent trop vulgaire… Une fois, on écrivait en Californie puis on s’est dit «non, cette blague, on peut quand même pas la faire»…
Pour Elliott par exemple, il cite Shakespeare, Baudelaire. Mais on ne pouvait pas reprendre les mêmes phrases, on a dû en choisir d’autres nous-mêmes. C’était difficile donc oui des fois c’est vulgaire et il y a des mots que je ne dirais pas devant ma mère…
Mais c’est le livre : d’un côté le vulgaire, de l’autre la littérature. La littérature est cachée sous des phrases vulgaires mais des phrases vulgaires sont aussi cachées dans la littérature.
 
Que penses-tu d’Internet par rapport aux livres ?
Internet c’est pratique. Sans Internet il faudrait que j’achète tous les livres. Si je veux lire un vieux texte qui coûte 30 dollars, je ne suis pas obligé de l’acheter en le trouvant sur Internet.
 
Tu n’aimes pas Twitter mais le livre risque quand même de lui faire de la pub, non ?

C’est pas quelque chose que je crains puisqu’il est clair que je me moque de Twitter et que j’aime la littérature et non l’inverse.
 
Comment résumerais-tu Twitter ?

Des phrases courtes, vulgaires, sans conséquence et sans importance.

Que pensez vous d'une telle demarche? Utilisez vous Twitter? Si oui quelle utilisation en faites vous?

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