Dominique Cardon: «Internet produit une bonne information»

INTERVIEW Le sociologue revient sur l’expérience du «Huis clos du Net»…

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Peut-on s’informer en ayant pour seules sources Twitter et Facebook? C’est le pari que vont tenter de relever cinq journaliste de Radio France, «enfermés» volontaires dans un gîte du Périgord durant cinq jours avec les deux sites pour seul contact avec l’extérieur. Cette expérience - retranscrite sur un blog commun - interroge évidemment sur la façon de produire et de consommer de l’information sur Internet, comme le souligne Dominique Cardon, sociologue à l’Orange Labs.

Que pensez-vous de ce «Huis clos du Net»?
C’est toujours bien de mener des expériences. Ce qui m’étonne en revanche, c’est la façon dont les contraintes imposées (ne pas cliquer sur les liens hypertextes postés sur Twitter et Facebook, ndlr) évoquent l’idée d’une concurrence entre médias traditionnels et Internet. Or, le phénomène nouveau créé par ces sites consiste justement en plus d’interdépendance entre médias traditionnels et Internet.

C’est-à-dire?
Twitter et Facebook participent à la chaîne de l’information en permettant aux internautes de choisir, d’échanger et de hiérarchiser ce qui les intéresse. Ils n’interviennent pas comme concurrents des médias traditionnels mais offrent plutôt une complémentarité, notamment en faisant remonter des informations, lues sur des blogs par exemple, sur des secteurs précis non couverts par les médias et les agences de presse. Cela permet d’enrichir ses sources car contrairement à ce que j’ai pu entendre, Twitter ne tue pas les blogs, il encourage au contraire la production des contenus.

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L’exercice est donc biaisé?
Oui car les participants ne vont pas avoir une utilisation réelle de Twitter. Cet exercice met en scène l’idée caricaturale que le site n’est qu’une course à la réactivité et au breaking news. Or, Twitter permet aussi l’enrichissement de l’information, justement grâce aux liens qui y circulent. Autre problème: la subjectivité. Les participants risquent de n’avoir accès qu’à une «climatologie des avis», sans pouvoir se faire leur propre opinion. La viralité d’une information est également un problème. Sur ces sites, le rire est contagieux; la parodie et la moquerie sont très facilement relayées ce qui ne signifie pas forcément que l’information est importante. Cette expérience montrera peut-être que sur Twitter et Facebook, ce sont justement les liens qui pointent vers l’info brute qui sont les plus importants.

Est-ce la spécificité de l’information sur Internet?
Oui dans le sens où ces liens permettent une information plus personnalisée. Aujourd’hui, on assiste à un élargissement des producteurs d’information. Il y a évidemment les journalistes, mais aussi les blogueurs ou encore les agences de communication. Les internautes peuvent donc choisir et trier eux-mêmes.

Cet exercice pose également une question: est-il possible de bien s’informer sur Internet?
Oui je le crois. Internet produit une bonne information et vérifie et dément les fausses plus rapidement que les médias traditionnels. Les internautes sont particulièrement vigilants aux rumeurs et ont tendance à se surveiller mutuellement.

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