Frédéric Mitterrand prêt à discuter numérisation avec Google

CULTURE Le ministre de la Culture et de la Communication confirme que le géant américain est incontournable dans ce domaine...

Sandrine Cochard

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Frédéric Mitterrand à l'Assemblée nationale en septembre 2009

Frédéric Mitterrand à l'Assemblée nationale en septembre 2009 — HADJ/SIPA

La numérisation du patrimoine ne pourra pas se faire sans Google. Frédéric Mitterrand le reconnaît du bout des lèvres, jeudi matin dans une interview à La Tribune.
 
750 millions d’euros
 
«La première question qui se pose est de savoir qui va financer», avance le ministre de la Culture. Le coût de la numérisation de l'ensemble du patrimoine français (bibliothèques, œuvres des musées, films, archives de l'Institut national de l'audiovisuel…) est en effet estimée à 750 millions d’euros. Une somme colossale à débourser. Le ministre espère donc un geste de Nicolas Sarkozy, demandant à ce qu'une partie du grand emprunt national y soit consacrée.

Objecti: finaliser la numérisation entamée. Selon lui, le Louvres a déjà numérisé 85% de ses oeuvres, le Centre National de la Cinématographie (CNC) a numérisé 13.000 films et 70.000 oeuvres audio. «Certaines institutions ont déjà commencé: l'INA de façon remarquable; la Bibliothèque nationale de France à son échelle, avec Gallica, énumère Frédéric Mitterrand. J'ai déposé un projet auprès du grand emprunt pour cela. Et j'ai l'impression qu'il existe un consensus sur le fait que c'est un véritable enjeu.»
 
D’où la nécessité de discuter avec le géant américain. «Pourquoi pas faire numériser par Google si cette entreprise nous propose de le faire?» s’interroge le ministre. Cet «épouvantail» comme l’appel Frédéric Mitterrand, pourrait finalement devenir fréquentable. «Si on arrivait à construire un socle européen de réflexion dans la relation avec Google, cela permettrait certainement d'avoir des solutions alternatives», ajoute-t-il. De son côté, la Bibliothèque nationale de France a déjà entamé des négociations avec le géant américain, en août dernier.
 
«Réguler le Net»
 
Mais la main tendue du ministre de la Culture à Google n’a rien d’un blanc-seing. D’une part, Frédéric Mitterrand estime que Google n’est pas le seul à pourvoir s’acquitter de cette numérisation. «Il y a aussi certainement en Europe, des gens capables de relever le défi. Il est temps de les repérer», selon lui. D’autre part, le ministre français veut des garanties de Google, dont le monopole inquiète. «Que se passera-t-il si ce guide décide de cesser son activité, ou de la faire payer. Il sera en position de force, car nous lui aurons donné les clefs de notre patrimoine», affirme-t-il, craignant qu’il prenne «le contrôle des contenus».
 
Le monopole de Google est déjà en débat aux Etats-Unis, où la firme est en négociations avec les éditeurs américains depuis un an. Objectif: parvenir à un accord sur la rétribution des droits d’auteurs.
 
«C'est à nous de réguler le Net, ce n'est pas au laisser-faire de nous dicter ses droits» ajoute Frédéric Mitterrand qui souligne qu’il faut «trouver des solutions pratiques et surtout équilibrées entre la diffusion maximale des œuvres et le respect du droit d'auteur.» «J'espère qu'il sera possible de concevoir avec Google des solutions communes», ajoute-t-il.

Commission Tessier

Le ministre de la Culture attend pour le 15 décembre les conclusions de la mission confiée à Marc Tessier sur la numérisation du patrimoine, dont il entend se servir «comme point de départ pour sensibiliser» ses partenaires européens. Il a également déposé un projet auprès de la commission sur le grand emprunt pour tenter de trouver un financement pour cette numérisation.

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