Serge Bromberg: «C'est Romy Schneider comme on ne l'a jamais vue»

INTERVIEW Le producteur a réalisé le documentaire «L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot», qui sort mercredi...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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  — © Régis d?Audeville

C’est l’histoire d’un tournage maudit. En 1964, le cinéaste Henri-Georges Clouzot tourne L'Enfer, drame de la jalousie interprété par Romy Schneider et Serge Reggiani. Le film ne verra jamais le jour puisque son acteur principal, Serge Reggiani, quitte les plateaux et que son réalisateur meurt d’une crise cardiaque, après trois semaines de prises de vue. Quarante-cinq ans plus tard, le producteur Serge Bromberg réussit le tour de force de livrer un documentaire sur les coulisses de ce tournage cauchemardesque avec «L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot», qui sort mercredi, et un livre, Romy dans l’Enfer (éd. Albin Michel). Interview.
 
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Pourquoi faire un documentaire sur ce film inachevé?

Tout a commencé comme un jeu. J’étais curieux de voir les images de ce tournage très mystérieux, que personne n’avait vues. J’étais convaincu qu’elles seraient banales tant le film était auréolé de légende. Lorsque je les ai vues, j’ai eu un choc: la réalité était plus grande que la légende. J’ai demandé à Inès Clouzot (la veuve du réalisateur disparu, ndlr) si je pouvais avoir les bandes. Je n’étais pas le premier à la solliciter mais elle avait toujours refusé. C’est grâce à un coup de théâtre – nous sommes restés coincés deux heures dans un ascenseur – qu’elle m’a finalement autorisé à les utiliser.
 
Dans quel état les avez-vous trouvées?
En très bon état. Les 185 boîtes de bobines avaient été très bien conservées, notamment au centre d’archives du CNC, où elles se trouvaient depuis 1974. Elles n’ont pas eu besoin de restauration, juste d’étalonnage (retouche des couleurs, ndlr). En tout, nous avions 15 heures de rushes, ce qui est très long pour un tournage de cette durée.
 
Qu’avez-vous ressenti en les voyant?
Un coup de poing dans la figure. Cela fait partie des images que l’on n’oublie pas. J’ai eu l’impression d’être comme un archéologue découvrant le sanctuaire inexploré d’un pharaon. Je crois sincèrement que L’Enfer aurait été le chef d’œuvre de Clouzot, sans doute le film de l’année 1964. On y découvre Romy Schneider comme on ne l’a jamais vue, sensuelle, incandescente. Il avait révélé une facette d’elle qu’on connaît moins.
 

 
Combien de temps avez-vous travaillé dessus?
Deux ans et demi. J’avais l’impression d’être face à un vaste puzzle sans savoir à quoi il allait ressembler. Il a fallu se laisser habiter par les images, puis leur trouver un sens car le son et les dialogues n’ont pas survécu aux années. Nous avons contacté des personnes qui lisent sur les lèvres mais elles n’ont pas compris les échanges.
 
Quel est le but de votre film?
Je le vois comme une enquête et non un documentaire. On sent l’ambiance qui devait régner sur le tournage à Garabit à l’époque. C’est un hommage à un grand film et à la quête d’absolu et de sincérité qui semblait habiter Henri-Georges Clouzot.

 

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