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Il aura fallu deux ans et deux mois à Deezer pour concrétiser son ambition secrète: proposer une offre multi supports. C’est chose faite avec la version Premium lancée jeudi matin. Avec un maître mot: la «convergence».
 
Mobile, chaînes IP, ordinateur…
 
«Nous nous sommes rendus compte que l’intérêt principal du consommateur était l’accessibilité à la musique et non l’acquisition», explique Jonathan Benassaya, le fondateur du site d’écoute de musique en streaming lancé en août 2007. Déjà bien implanté dans le paysage du Net français, le site cherche désormais à investir le mobile (il dispose déjà de trois applications pour iPhone, Blackberry et Android) et les chaînes IP (il a signé un partenariat avec Sonos en avril dernier).
 
«Nous voulons être accessible sur tous les supports connectés à Internet», souligne Jonathan Benassaya. Pour compléter la boucle, Deezer Premium proposera aussi une application pour PC et Mac. Concrètement, cette offre consiste à retrouver sur ces différents supports l’offre déjà existante sur le site, avec de nouveaux atouts: un son en qualité CD et la possibilité de télécharger ses morceaux ou ses playlists. «L’accès est garanti même hors connexion», se félicite Jonathan Benassaya. Objectif: «être disponible n’importe où, n’importe quand, avec n’importe quel support». «Deezer passe au téléchargement illimité, ce n’est plus qu’un site de streaming, argumente encore Jonathan Benassaya. Le site entre dans la cour des grands.»
 
Enfin, téléchargement, il faut le dire vite. «Les MP3 sont encodés spécialement pour Deezer», avertit le fondateur du site. Impossible de partager ces fichiers, ni les graver sur CD et ils disparaîtront dès que l'internaute mettra fin à son abonnement. «Le public paie pour un accès», justifie Jonathan Benassaya. L’offre relève donc davantage de la location que de l’acquisition.
 
Montée en puissance
 
Cette offre est, pour l’instant, la plus aboutie sur le marché français. Une façon pour Deezer de confirmer son leadership et sa montée en puissance. L’équipe a été étoffée et compte désormais 45 personnes. Pour l’année 2009, le site avance un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros. Il semble donc bien parti pour atteindre son objectif d’être à l’équilibre au premier semestre 2010 avant d’envisager d’exporter son modèle à l’étranger. Pour y arriver, Deezer, qui revendique 6,5 millions de visiteurs uniques par mois, veut enregistrer, d’ici l’an prochain, 100.000 abonnements à son offre Premium facturée 9,99 euros par mois.
 
En cas de succès, l’opération sera aussi très juteuse pour les maisons de disque, à qui Deezer reversera «environ 60% du prix» (soit environ 6 euros sur les 9,99 que coûte l’abonnement) répartis entre les labels selon leur part de marché. Car aujourd’hui Deezer est une nouvelle source de revenus pour l’industrie musicale. Le trafic direct qu’il apporte à iTunes rapporte à Apple entre 1,2 à 1,5 millions d’euros par an. Depuis qu’il a fait le deuil de l’illégalité, Deezer semble avoir résolu le casse-tête de l’offre légale sur Internet.

«Notre concurrent ce n’est pas Google, c’est le piratage»

Face à l’arrivée du géant américain sur le marché du streaming, Deezer ne tremble pas. «Le système de Google permet d’apporter plus de trafic aux plateformes, donc plus de revenus. On est déjà en discussion avec eux pour développer un partenariat sur le modèle de Lala, annonce Jonathan Benassaya. Notre concurrent ce n’est pas Google, c’est le piratage.» Quelle ironie pour un ancien site de contenu illégal.

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