Shakespeare à l'épreuve des nouvelles technologies

CULTURE Ouvrage de remix né sur Twitter, logiciel anti-plagiat: la littérature classique passe à la moulinette des geeks…

A. R.

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La tombe de Shakespeare à Stratford-upon-Avon (centre-ouest) va faire l'objet de travaux de restauration, qui prendront bien soin d'éviter la "malédiction" promise par le dramaturge à quiconque s'aviserait de déplacer ses ossements.

La tombe de Shakespeare à Stratford-upon-Avon (centre-ouest) va faire l'objet de travaux de restauration, qui prendront bien soin d'éviter la "malédiction" promise par le dramaturge à quiconque s'aviserait de déplacer ses ossements. — Roger-Viollet

Lorsque les nouvelles technologies côtoient William Shakespeare, cela donne une cuvée littéraire d’un nouveau genre. Ainsi, deux utilisateurs du site de micro-bloging Twitter, Emmett Rensin et Alexander Aciman, ont multiplié des messages de 140 signes (la limite requise pour les tweets), mélange de citations d’oeuvres de la littérature anglophone, raccourcis féroces de la pensées des grands écrivains et commentaires dignes d'adolescents. De cela est né un ouvrage intitulé Twitterature, qui sera publié le mois prochain par l’éditeur Penguin.

Si les deux auteurs ont un solide bagage culturel et philosophique, ils cherchent surtout à rire de leurs références: «Ce n'est drôle que si vous avez lu les livres», précise Emmett Rensin, cité par Reuters.

Macbeth de Shakespeare y est par exemple rebaptisé Big Mac, en référence au fameux hamburger. «Macbeth était arrogant. S’il avait du se choisir un nom d'utilisateur, je pense qu’il aurait pu se trouver un nom comme celui-ci», sourit Alexander Aciman. Autre référence, cette fois à L'Enfer de Dante: «Je vis la crise de la quarantaine. Perdu dans les bois. Aurais-je dû prendre mon iPhone?» Un ouvrage entre clin d'oeil élogieux aux livres du passé et irrévérence.

Détournement

William Shakespeare, mort en 1616, a décidemment des raisons de se retourner dans sa tombe. Il vient de se voir attribuer une nouvelle oeuvre, grâce à un logiciel de détection de plagiat – qui sert d’habitude à identifier les exposés des étudiants trop copiés-collés de Wikipédia. Shakespeare serait ainsi le co-auteur, avec Thomas Kyd, un autre auteur de théâtre, de la pièce Le Règne d’Edouard III.

Le professeur de littérature Sir Brian Vickers, qui officie à l'Université de Londres, a expliqué au Times que le logiciel (nommé Pl@giarism) a été utilisé pour confronter les écrits authentifiés de Shakespeare avec le texte du Règne d’Edouard III. Près de 200 chaînes de trois ou quatre mots ressemblant aux précédents textes du dramaturge. «Avec cette méthode, on démasque la manière dont les auteurs utilisent et réutilisent les mêmes phrases et métaphores, comme les morceaux d'un patchwork», décrypte le professeur.

Selon Brian Vickers, environ 60% du Règne d’Edouard III auraient probablement été écrits par Thomas Kyd; les 40% restants par Shakespeare.

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