Hump!, un festival porno amateur américain, se tient à Seattle les 9 et 10 octobre 2009
Hump!, un festival porno amateur américain, se tient à Seattle les 9 et 10 octobre 2009 - Shena Lee Photography

Propos recueillis par Philippe Berry

De notre correspondant à Los Angeles

Les 9 et 10 octobre prochains, le Hump! Festival débarque à Seattle. Depuis cinq ans, Dan Savage et le magazine alternatif The Stranger organisent ce rendez-vous incontournable du porno amateur américain. Le principe est simple: des courts métrages de cinq minutes maximum, dont chaque copie est détruite après projection. Entretien avec Dan Savage, qui tient depuis plus de quinze ans une colonne de conseils sexuels, Savage Love, et collabore régulièrement à l'émission du comique Bill Maher.

 

 

Combien de films sont en compétition? Y a-t-il une tendance qui se dégage?

Nous avons une centaine de courts métrages. Nous ne les avons pas encore regardés. Mais les années précédentes, un incontournable était le pegging (une femme pénétrant un homme avec un gode-ceinture, ndr). Beaucoup de filles en compétition veulent prendre leur revanche sur le porno commercial, où c'est le plus souvent la femme qui est «utilisée».

 

Comment est née l'idée du festival?

Il y a sept ans, avec l'explosion d'Internet, grâce à qui n'importe qui peut se lancer dans le porno avec une webcam, nous avons voulu donner une tribune à ce genre, tout en mettant au défi les participants d'aller plus loin que le simple gonzo (porno totalement dépourvu de scénario, ndr). Il nous a fallu deux ans pour convaincre tout le monde que l'idée n'était pas folle. Depuis, chaque année amène davantage de participants, et nous sommes toujours complets pour les projections publiques. L'idée est de retrouver l'atmosphère des 70s, où l'on allait au cinéma voir un porno. Le fait de détruire les copies après la projection offre une protection: pas de risque que votre film vienne vous hanter des années plus tard. Aussi, nous avons vraiment des participants de tous horizons. Certains sont là juste sur un coup de tête, pour tester leurs limites.

 

En cinq ans, quel film vous a le plus marqué?

Beaucoup jouent sur l'humour, qui est totalement absent du porno commercial. C'est un peu comme dans un vrai couple: quelque chose d'inattendu arrive en plein milieu du sexe. On roule sur le côté, on rigole un coup et on repart. L'an dernier, nous avons eu un zombie-porno, mais mon préféré était «Edge» un porno gay sur un homme qui essayait de se retenir le plus longtemps possible. Et à chaque fois qu'il approchait de l'orgasme, on switchait sur des images de discours de George Bush et d'autres politiciens. La plus grosse claque fut un court-métrage hardcore, avec deux lesbiennes BDSM (bondage /sado-masochisme). Après la projection, tout le monde a eu besoin d'au moins cinq minutes pour reprendre ses esprits. Je ne savais pas qu'on pouvait faire subir ça à un vagin.

 

Les Etats-Unis sont considérés comme moralement plus prudes que l'Europe. Est-ce un challenge d'organiser un tel festival? Sur le site, vous encouragez les participants à porter «des sous-vêtements mormons» pour obtenir un bonus. Vous n'avez jamais de plaintes ou de menaces?

Croyez-le ou pas... non. Les Etats-Unis ne sont heureusement pas que la Bible Belt. Notre problème vient du fait qu'on n'a que deux partis politiques: l'un à la solde des évangélistes ultra-conservateurs, et l'autre qui a peur du premier. Heureusement, il y a des coins très libérés comme à Seattle où l'on peut encore assumer que le porno est une forme artistique. Quant aux mormons et autres religieux, on ne les intéresse pas. Ils savent qu'ils n'ont aucune chance de nous convertir. Ils préfèrent nous ignorer.