Frédéric Mitterrand le 21 juillet à l'Assemblée nationale
Frédéric Mitterrand le 21 juillet à l'Assemblée nationale - AFP PHOTO BORIS HORVAT

Lors de cette première journée de débats sur Hadopi 2, l’ambiance était à l’étalage de références culturelles. C’est Frédéric Mitterrand qui a donné le ton, le matin, lors de son discours inaugural en citant tour à tour Serge Gainsbourg et sa «Javanaise», Edith Piaf, Juliette Gréco, Jean Seberg dans «A bout de souffle», Michel Serrault dans «La Cage aux folles», ou encore Rouget de l’Isle, l'auteur de «La Marseillaise».

Plus loin, le ministre de la Culture a aussi raconté la fable de Gygès, déjà citée dans les ouvrages de Platon, dont il tire une moralité pour Hadopi 2: «La plupart des hommes ne sont justes que parce qu’ils sont visibles. Quand on est sûr de ne pas être pris, quand on peut disparaître d’un clic, alors, c’est beaucoup plus facile de commettre des délits.»

«Il y a eu beaucoup d’emphase dans la bouche d’un ministre qui fait ses premiers pas à l’Assemblée», dit Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS interrogé par 20minutes.fr. «Mais cette emphase ne saurait compenser l’absence de réponse à la création culturelle.»

Métaphores


Comme pour s’aligner sur la ligne imposée par Frédéric Mitterrand, les députés de l’opposition ont dégainé à leur tour des références. Ainsi, Aurélie Filippetti, député socialiste, a repris l’item de la caverne de Platon pour adresser, dans l’hémicyle, une leçon de philosophie au ministre de la Culture et l’enjoindre à se sortir de l’obscurité de la grotte dans laquelle il se complairait.

De même, le socialiste Christian Paul file la métaphore: «La politique culturelle de la France en 2009, mes chers collègues, c’est d’abord surveiller et punir. Nous relirons volontiers Platon, monsieur le ministre, si vous-même consentez à relire Michel Foucault», le philosophe qui a le mieux écrit sur l’enfermement. Et qui a justement écrit une œuvre de référence, en 1975, intitulée «Surveiller et punir».

«Atmosphère atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère?»

Enfin, le socialiste Michel Françaix s’est lui aussi amusé à arroser l’arroseur: «Monsieur le ministre, quand je vous entends parler d’Arletty, j’entends aussi le mot "atmosphère". Mais ce qui m’inquiète, c’est que l’atmosphère n’est pas la même entre le ministre tel qu’on le rencontre dans la vraie vie et celui qui s’affiche ici. Vous avez ici une étroitesse d’esprit qui n’est pas celle que vous affichez en dehors de l’Assemblée. Ne vous laissez donc pas entraîner dans les enfers de Dante». Et de conclure, faisant référence à Molière dans sa pièce «Les Fourberies de Scapin»: «Qu’allons-nous faire dans cette galère?».

Saisi de toutes ces références, Frédéric Mitterrand a repris la parole en fin de journée, saluant ce «voyage dans la galère de Géronte, à bord du Titanic et dans la caverne de Platon» et rappelant qu’il n’y a pas d’«oukase présidentiel». Quant à lui, il assure n’avoir «pas changé d’atmosphère».


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