La fiction française prend une leçon américaine

REPORTAGE Producteurs, scénaristes et studios français s'étaient donné rendez-vous cette semaine pour suivre les cours très prisés de John Truby, un «script doctor» renommé...

Sandrine Cochard

— 

 

  — ABC

A voir l’amphi plein à craquer pour la masterclass de John Truby, vendredi matin, les professionnels de l’audiovisuel français sont vraiment en quête de nouvelles idées. Producteurs, scénaristes ou salariés de studios, ils étaient environ 200 à se presser sur les bancs vernis de l’amphi 128 du centre universitaire Malesherbes de la Sorbonne, pour écouter les cours du maître, scénariste américain, notamment sur «Lost». Reportage.
 
Pointure
 
Première étape incontournable de cette journée consacrée à «L’anatomie du scénario»: le café. Les organisateurs chouchoutent les participants qui ont déboursé 450 euros pour suivre les trois premiers jours de formation, celle de vendredi coûtant 160 euros. Puis vient l’heure du cours. Au brouhaha des débuts succède un silence religieux. Il faut dire que Truby – petites lunettes cerclées, cheveux blancs et faux airs d’universitaire américain sans prétention - est une référence dans le milieu de la fiction télévisée et cinématographique.
 
>> 20minutes.fr a rencontré John Truby en début de semaine, lire l’interview en cliquant ici.
 
La formation alterne cours magistral et séquences de films – «Harry Potter», «American Beauty», «M» et bien d’autres - disséqués par l’œil aiguisé du maître. Chacun écoute et note studieusement les 22 étapes indispensables, selon Truby, pour construire un bon scénario. Un déclic pour certains. «Il a une approche humaine, il nous explique qu’une histoire fonctionne si on l’aborde de la même façon qu’un être humain résoudrait ses propres problèmes, retient le scénariste et réalisateur Claus Drexel («Une affaire de famille» avec André Dussollier et Miou-Miou). En ce moment, j’écris un nouveau scénario sur lequel je suis bloqué et il m’a donné des clés qui vont me permettre de rebondir. Je me suis rendu compte qu’il manquait un élément essentiel à mon personnage. Cela m’apporte une nouvelle perspective pour la fin de mon histoire.»
 

 
Entre deux plaisanteries pour détendre l’atmosphère, le script doctor (scénariste consultant) tient bon le cap et déverse en flot continu ses précieuses réflexions sur le métier et ses recommandations, comme par exemple de privilégier au moins quatre personnages principaux aux valeurs bien définies et de les faire interagir entre eux. Des pistes d’exploration et de création plus qu’un mode d’emploi à suivre scrupuleusement. «Je pense que pour écrire une bonne histoire, il ne suffit pas d’appliquer des recettes, souligne encore Claus Drexel. Il nous propose des méthodes d’écritures qui offrent un cadre sécurisant.

Déclic
 
«Il donne un cadre pour comprendre comment une histoire fonctionne, apprécie Lucile Hochdoerffer, journaliste amenée à travailler pour la production documentaire. On sent qu’il a vu des milliers de films, qu’ils les a analysés pour nous et qu’il nous en propose l’essence.» «Le standard hollywoodien est très différent de la méthode française ou européenne, renchérit Alain Mamou-Mani, producteur. Il a des caractéristiques bien précises, de genre, de personnages et de structures d’histoire. C’est comme si on vous révélait comment est fait le monde.»

A la pause café de 11h, trois participants débattent du cours. «Il met des mots sur ce que l’on pressent sans pouvoir le formuler, affirme Julie Demay - sosie d’Inès de la Fressange - auteur pour le cinéma et la télévision. Ses méthodes sont utiles pour tout type d’écriture.» A côté d’elle, Gracia Bejjani, romancière, hoche la tête. Cette feuille de route ultra codifiée ne freine-t-elle pas l’intuition? Pour Cédric Salmon, auteur pour la télévision qui a notamment travaillé sur la série française «Le village», la réponse est non. «Truby nous propose une trousse à outils. Ces cases nous permettent juste de classer nos idées.» Les mines réjouies, les participants regagnent l’amphi. Ils signeront à coup sûr pour une nouvelle édition.

 

Mots-clés :