Francis Desharnais: «Une burqa, c'est une espèce de masse grise, ultra simple à dessiner»

INTERVIEW – Dans sa BD «Burquette», Francis Desharnais plaisante sur cette tenue...

Recueilli par Alice Antheaume

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Strip extrait de "Burqa", une BD signée Francis Desharnais

Strip extrait de "Burqa", une BD signée Francis Desharnais — DR/Francis Desharnais

«Burquette», c’est le titre d’une BD sortie il y a un an et dessinée par le Québécois Francis Desharnais. L’histoire d’Alberte, une jeune fille un peu frivole à qui son père colle une burqa pour lui faire comprendre la substance profonde de la vie. Alors qu’en France, l’interdiction de la burqa pourrait faire l’objet d’une loi, 20minutes.fr a interviewé le dessinateur de «Burquette» (éd. les 400 coups), qui prépare un tome 2 de «Burquette».

Comment vous est venue cette histoire de fillette enfermée dans une burqa?

J’ai eu l’idée en 2003. J’habitais en France à l’époque, et le débat sur les signes religieux à l’école faisait rage. Alors j’ai commencé à dessiner ce père qui veut ouvrir son enfant au monde, mais qui le fait de façon maladroite.

Pourquoi avoir choisi la burqa? Pourquoi pas un foulard?

La burqa, pour un Nord-Américain comme moi, est un signe extrême. Un signe d’asservissement des femmes. Je n’aurais pas pu dessiner un simple voile couvrant les cheveux d’Alberte, car cela aurait donné quelque chose de trop nuancé visuellement. La mettre dans une burqa avec un grillage sur les yeux, c’était une façon, dans mes strips, de faire de l’effet plus facilement: si, à Québec, on voit quelques femmes voilées, on en croise peu — ou pas — en burqa. Du coup, Alberte, quand elle découvre cette burqa, sait à peine ce que c’est. Ca force ses amis à la regarder autrement.

Et puis, je suis un peu paresseux. Or une burqa, c’est une espèce de masse grise avec des traits qui forment une grille, ultra simple à dessiner.

Avez-vous été critiqué pour avoir fait de l’humour sur la burqa?
Non. Il faut dire que je ne parle à aucun moment de religion dans «Burquette», ne faisant aucune allusion ni au prophète ni au Coran. En fait, je sors la burqa de son contexte.

A Québec, avez-vous des débats sur la burqa, similaires à ceux qui agitent la France en ce moment?
L’année dernière, il y a eu une grande consultation populaire sur le sujet: deux membres d’une commission installée pour l’occasion ont sillonné le pays pour savoir si l’identité du Québec se délitait face à des pratiques culturelles et religieuses différentes, que l’on appelle ici des «pratiques d’accommodement raisonnables». La réponse a été non, mais la question a créé une onde de choc hallucinante. Le plus drôle étant sans doute l’histoire de la soupe aux pois, une recette typiquement québécoise dans laquelle on met des bouts de jambon, viande que des membres de la communauté mulsumane avait voulu faire retirer dans une cabane à sucre.

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