L'Assemblée nationale n'a que le «streaming» à la bouche

INTERNET Les débats autour du projet de loi Création et Internet se concentrent sur un mot...

Alice Antheaume (avec V.G.)

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Deezer, site d'écoute de musique en ligne, se veut totalement légal

Deezer, site d'écoute de musique en ligne, se veut totalement légal — DR

Le mot «streaming» a le vent en poupe à l’Assemblée nationale, là où le projet de loi Création et Internet est débattu.
 
Une quinzaine d’occurrences relevées dans le débat du mercredi, et sans doute autant, voire plus, d’ici la fin de la deuxième journée de discussion, ce jeudi. Un observateur s’amuse à dire que «les députés ont appris un nouveau mot». Le streaming, c’est l’écoute ou le visionnage en ligne d’une musique ou d’une vidéo sans avoir besoin de la télécharger sur son ordinateur. Un mot popularisé dans les rangs politiques par les sorties, il y a quelques semaines, de Luc Besson puis de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Celui-ci a demandé une commission d’enquête parlementaire sur les sites de streaming illégaux comme Beemotion.

En flux direct
 
Dans l’hémicycle, c’est le site Deezer, qui propose des millions de de chansons et revendique 5 millions de membres, qui incarne à lui tout seul le «streaming» modèle. Deezer a été cité à de nombreuses reprises comme une solution d'avenir pour l'industrie du disque et un palliatif légal au piratage. La ministre de la Culture Christine Albanel, qui a déjà confié à 20minutes.fr son utilisation de Deezer, n’a pas tari d’éloges devant les députés: «Les sites de streaming ou de type Deezer sont de plus en plus populaires. Nous avons tous des enfants qui aiment aller sur les sites de streaming…»

Deezer, le podium de la citation

Ironie de l’histoire: Deezer n’a pas toujours fonctionné de façon légale, comme le rappelle Jean Dionis du Séjour, député centriste. Au début, le site n’avait en effet pas signé de partenariats avec les ayants droit. Autre paradoxe: bien qu’allégrement cité, le modèle économique de Deezer ne garantit pas de rémunération suffisante pour les artistes. Ce que Franck Riester, le rapporteur de la loi, n’a pas manqué de souligner devant l’engouement d’Albanel pour la «success story» de Deezer. Pas tout à fait «success», en réalité, a modéré le rapporteur: «Attendons un peu pour le streaming de voir comment ce marché va se mettre en place.»

Téléchargement, encore?

Il n’y a pas que Christine Albanel qui s’enflamme pour le streaming. Jean Dionis du Séjour est allé jusqu’à dire, mercredi, qu’«il y a des comportements nouveaux qui sont porteurs d’avenir, par exemple le streaming, qui ringardise le téléchargement.» Or ce n’est pas tout à fait exact.

Si le téléchargement en peer-to-peer est moins en vogue - car long et c’est là que les internautes peuvent être pris en flagrant délit, le téléchargement dit «direct» a, lui, de beaux jours devant lui.

Manifestation
A l'appel du Mouvement des jeunes socialistes, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l'Assemblée et une trentaine de CRS, en guise de protestation contre la loi Création et Internet. Sur leurs banderoles, ce slogan: «Ne télécharge plus à l'adresse indiquée».