Christine Albanel: «Non, je ne télécharge pas»

178 contributions
Publié le 9 mars 2009.

INTERVIEW - La ministre de la Culture évoque la loi Création et Internet, bientôt examinée à l'Assemblée nationale, ainsi que les Etats généraux de la presse et le mode de fonctionnement avec le conseil de la création artistique de Marin Karmitz...

Téléchargez-vous?
Non, mais je vais souvent sur Deezer, je trouve formidable d’y trouver plus de 5 millions de titres gratuitement. L’autre soir, après avoir regardé le documentaire d’Eric Tabarly dans lequel il chante une très belle chanson de marin, on est allé avec mon fils écouter cette chanson sur Deezer. J’écoute aussi Tracy Chapman, Camille ou Barbara.
 
Que va changer cette loi?

Cette loi traduit un changement de mentalités. On n’est plus dans la situation de guerre entre le monde de la musique et du cinéma, entre les fournisseurs d’accès et les producteurs de contenus. Des accords ont été signés entre toutes les parties, ce qui veut dire que les uns ont besoin des autres. C’est déjà ça. Il faut faire perdurer cette entente basée sur des intérêts communs. Cette loi est là pour fixer un cadre. Un cadre qui doit être souple et adaptable aux changements à venir. La loi est là pour rappeler des règles car le piratage nous menace d'un désert culturel à terme. Les artistes mobilisent leurs énergies pour créer; tout cela ne peut pas être balayé d’un clic, parce que vous leur voleriez ce travail. Il doit y avoir une prise de conscience si parallèlement, l’offre de téléchargement légal est alléchante.
 

Les Français veulent surtout voir films et séries en même temps que les Américains. Cela ne changera rien que le film sorte en DVD quatre mois plutôt que six mois après sa sortie en salles, si?
Cet appétit des internautes est juste, mais les Etats-Unis n’ont pas le même rapport aux salles de cinéma que la France. Quand on voit ce que coûte un film (de 3 à 100 millions d’euros), accélérer encore sa sortie en DVD ferait courir des risques considérables aux cinémas français. Or il ne faut pas les mettre en péril, d’autant que les Français n’y sont jamais autant allés. Cela nous permet d’avoir le troisième cinéma du monde (en production) et le premier d'Europe en fréquentation. Et puis, en raccourcissant le délai de mise à disposition des films en DVD quatre mois après leur sortie en salle, cela aura un effet domino. La VOD sera probablement offerte en même temps que le DVD, et le film ira plus vite sur Canal+ et les chaînes de télé historiques.
 
Que manque-t-il à l’offre légale?
D’être sécurisée. Elle est en concurrence déloyale avec le téléchargement illégal. Deezer et les autres sites légaux ne peuvent pas vivre dans un contexte dépourvu de régulation.
 
Un exemple d’offre légale dont vous rêveriez?

Après un temps d’exploitation dans les salles, les films, anciens et plus récents, pourraient être clairement référencés sur un site Web. Une sorte de bibliothèque mondiale à soi. Le prix? Ce n’est pas à moi le fixer, mais le moins cher possible.
 
Avez-vous votre majorité derrière vous pour ce projet de loi?
Je pense que oui. Mais beaucoup de parlementaires ont gardé de mauvais souvenirs de la loi DADVSI, un texte complexe et répressif. Nous faisons tout le contraire. Il sera intéressant de voir ce que fait la gauche, car pour l’instant, à l’Assemblée nationale, nous n’avons entendu que quelques grognards de la DADVSI, qui ont une guerre de retard.
 
Que va-t-il se passer si un internaute télécharge sur une borne de wifi collective?

Il faut être pragmatique. C’est très difficile de pirater avec des bornes de wifi collectives, dont le débit est lent. Ce n’est pas au milieu d’un jardin public que vous êtes le mieux installé pour piller des oeuvres. Je ne crois pas que cela arrivera, mais si cela se produisait, on a toujours la possibilité de faire injonction à la collectivité qui possède la borne de mettre des pare-feu, comme la plupart des entreprises l’ont déjà fait pour les ordinateurs de leurs salariés.
 
Quid des fournisseurs d'accès à Internet?
Ils vont être mis à contribution. Ils devront répondre aux demandes de la Haute Autorité (Hadopi) de fournir les coordonnées des internautes dont l’accès a été utilisé pour pirater. Ils devront également suspendre l' abonnement au Web sans toucher au téléphone et à la télé, quand les foyers ont choisi l’offre triple play.

Qui va payer le coût des développements techniques?  
C'est à discuter. Ce sont des investissements faits une fois pour toutes, réalisés par des entreprises dont le chiffre d’affaires est tout de même très considérable, malgré la crise.
 
Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre veut une commission d’enquête parlementaire pour les sites de streaming comme Beemotion. N’est-ce pas disproportionné?
Je trouve intéressant que le Parlement s’intéresse à ces sites que Luc Besson dénonce. C’est un vrai sujet. Une enquête comme cela, ce n’est pas non plus quelque chose d’énorme, cela peut être deux députés qui se réunissent. On ne peut pas se focaliser sur les internautes sans traiter le cas de ceux qui fournissent les moyens du piratage à grande échelle et en tirent un profit scandaleux.
 
Où en est-on du statut des éditeurs en ligne préconisé par les Etats généraux de la presse?
Le statut d’éditeur en ligne pourrait être voté dans le cadre de la loi Création et Internet, donc cela pourrait être mis en place très vite, à échéance de l’été.
 
Comment s’imbriquent le conseil de la création artistique de Marin Karmitz et votre ministère?
Marin Karmitz est dans un travail de réflexion, d’observation, car la culture est un domaine vaste, cela prend du temps de tout découvrir. Nous sommes en lien mais de façon informelle, puisque les personnalités de son conseil sont des interlocuteurs avec qui le ministère de la Culture travaille régulièrement. Mais pour l’instant, il n’y a pas eu de réunion.
 
Si Marin Karmitz et vous n’êtes pas d’accord, qui va trancher?

Il y a un ministère de la Culture et une ministre de la Culture. Je ne crois pas que Marin Karmitz se positionnera comme un contre-ministre. Il va identifier des lieux où l’on peut faire plus, où l’on peut accélérer les processus. Son conseil complète le ministère. 
Recueilli par Alice Antheaume
publicité
publicité
publicité
Top 5 des vidéos partagées
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr