Dominique Sopo: «Ce qui est arrivé à Arthur s'appelle de l’antisémitisme pur»

CULTURE Interview du président de SOS Racisme qui s'alarme de l'annulation du spectacle de l'artiste, comme des cocktails Molotov lancés contre les synagogues...

Recueilli par Alice Antheaume

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Le comédien Arthur en spectacle à l'Olympia. Paris, le 28 mars 2008.

Le comédien Arthur en spectacle à l'Olympia. Paris, le 28 mars 2008. — N. CHAUVEAU / SIPA

Après l’annulation d’un spectacle d’Arthur dont le public a été empêché d’entrer par des manifestants pro-palestiniens, plusieurs associations et autorités ont manifesté leurs inquiétudes et appelé au calme. Le show d'Arthur, basé sur les nouvelles technologies, n'évoque pas les conflits qui animent en ce moment la bande de Gaza. L’action pro-palestinienne de ces agitateurs est-elle en fait une réaction nationaliste? Interview de Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Quelle a été votre réaction à l’annonce de l’annulation du show d’Arthur, qui s’ajoute à celle d’un concert d’Enrico Macias à l’île Maurice, deux artistes d’origine juive?
Je suis stupéfait que l’on puisse renvoyer des individus à leur judaïté. Depuis le 27 décembre, début de l’offensive israélienne à Gaza, on assiste à un réveil des passions et à la multiplication d’actes antisémites en France. Contre des synagogues et même contre des personnes, molestées par le seul prétexte qu’elles sont juives. Et maintenant, contre des artistes… C’est davantage que ce que l’on voyait en 2000, lors de la seconde Intifada, et qui, déjà, nous inquiétait.

Que signifie ce qui est arrivé à Arthur selon vous?
C’est de l’antisémitisme pur. Les manifestants prétendent qu’étant juif, Arthur n’a pas le droit de s’exprimer publiquement. Qu’étant juif, il est forcément du côté d’Israël.

Quel lien entre Arthur et Gaza?

Certains disent qu’on assiste à une «importation du conflit en France» mais c’est maladroit. Les manifestants pro-palestiniens se sont mis au diapason de l’émotion suscitée par les victimes tuées à Gaza, plutôt qu’au diapason de la raison. L’émotion donne lieu à des dérapages. Des personnes justifient leurs actes par des raisons géographiques. Mais il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, c’est de l’habillage géopolitique d’actes de haine.

Le gouvernement, par la voix de Christine Albanel, s’est aussi inquiété «de cette dérive communautariste qui bafoue les principes républicains» de tolérance et de liberté d’expression…
Ce rappel à la règle républicaine n’est pas suffisant. C’est une réaction sur le moment, mais sur le fond, le gouvernement se montre incapable de construire un discours cohérent et inclusif.

C’est-à-dire?
Voyez le ministère qui s’appelle «de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale». Cela sous-entend que certains ne peuvent pas participer à cette identité nationale. Voilà comment naissent les dérapages pseudo-nationalistes.

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