Le photojournalisme bouge-t-il encore?

CULTURE A l'occasion des 20 ans du festival «Visa pour l'image»...

Alice Antheaume

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 Photo prise en Irak par Yuri Kozyrev/ Visa pour l'image, 20e édition

 Photo prise en Irak par Yuri Kozyrev/ Visa pour l'image, 20e édition — Yuri Kozyrev

Déjà 20 ans de Festival «Visa pour l'image», le rendez-vous international de photojournalisme qui se tient à Perpignan jusqu'au 14 septembre. L’occasion de faire le point sur la profession de photoreporter.
 
Le photojournalisme est-il en berne?
Il n'existe aucun chiffre officiel sur l'état du milieu. Mais certains l’assurent: «le secteur est sinistré». Pourtant, on ne s'est jamais tant pressé pour admirer les clichés des Cartier-Bresson et Capa. Autre paradoxe: on n'avait jamais vu des photographes comme Yann Arthus Bertrand gagner autant d'argent (ses tirages se vendent à près de 10.000 euros).
 
S’il y a eu un âge d'or du photojournalisme, c’était quand, dans les années 70, les agences Gamma, Sipa et Sygma ne savaient plus où donner de la tête tant elles distillaient leurs images, faisant de la France une «locomotive du photojournalisme mondial».

Aujourd'hui, cette époque est révolue: «les photojournalistes n’ont plus de chauffeurs à disposition et leurs frais ne sont plus intégralement pris en charge par les journaux», raconte Sandrine Roudeix, 34 ans, photographe indépendante qui «s’en sort».
 
Pourquoi ça a changé?
«C’est une question d’argent», avance «Visa pour l'image» interrogé par 20minutes.fr. Autrement dit, les journaux, en crise, n'investissent plus autant dans des reportages. La morosité du photojournalisme serait-elle un dommage collatéral de la crise de la presse? «Les magazines cherchent davantage à faire de l’illustration plutôt que du vrai travail documentaire en photos. Avec le temps, le poids des mots n’a pas disparu mais le choc des photos, si», continue «Visa pour l'image», reprenant le slogan de «Paris Match».
 
Autre bouleversement: la cadence. Entre la prise de la photo et le moment où elle est envoyée aux journaux, il se passe parfois une petite heure, technologie numérique oblige. «Avant, avec l’argentique, il y avait des délais, le temps du développement des clichés et du transport. Le numérique permet de s’y prendre à la dernière minute», sourit Sandrine Roudeix qui vient d’enchaîner douze portraits dans la même journée.
 
Qui sont les photojournalistes d'aujourd'hui?
Ceux qui en font profession comme les amateurs. Ce qui compte, c'est d'être le témoin de quelque chose qui informe et qui émeut, les deux mamelles du parfait cliché parfait, pensait Roger Thérond, l'homme photo de «Paris Match».

Désormais, des agences telles que Scoopt, Scooplive, Splash ou Fotolia, commercialisent les clichés des amateurs - certains obtiendraient plus de 1.000 euros de photos par mois. Les tarifs dépendent des publications. En coulisses, les connaisseurs murmurent que «Le Figaro», «Paris Match», «Le Point» et «VSD» comptent parmi les clients les plus rentables, en dehors du people.  
 
Quels sont les nouveaux concurrents des photojournalistes?
Bizarrement, c’est la vidéo qui rivalise avec la photo. «On demande aux photojournalistes de faire les mêmes images que celles de la télé», regrette-t-on au Festival Visa pour l’image. Autres rivaux potentiels: les sponsors qui diffusent des photos libres de droit aux publications, par exemple des sportifs aux JO.
 
Quelle est la place du people?
«Le photojournalisme est broyé par le people», écrivait déjà, en 1997, «Le Monde Diplomatique». Car la photo d’une Lady Di sous le pont de l’Alma ou d’une Angelina Jolie au sortir de la maternité vaut des millions.

«La commande paie moins que la photo prise sur le vif par des paparazzis, reprend Sandrine Roudeix, spécialisée dans les portraits. Mais un cliché de Fabrice Luchini va m’être payé plusieurs fois: une fois par le journal, puis par une agence qui va vendre de nouveau l'image à ses clients, parfois pendant plusieurs années, ce qui me fait gagner 50 euros minimum à chaque reprise. Au final, ma photo est amortie.»

 

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