«Le groupe de Deneuve»: La star française érigée en leader des anti-#metoo dans les médias anglo-saxons

REVUE DE PRESSE La tribune du « Monde » des 100 femmes anti-#balancetonporc n’est pas passée inaperçue à l'étranger…

L.B.

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Catherine Deneuve à Cannes le 22 mai 2017.

Catherine Deneuve à Cannes le 22 mai 2017. — Arthur Mola/AP/SIPA

  • Un collectif de femmes a publié une tribune pour « défendre » la « liberté d’importuner » des hommes.
  • Ces 100 femmes s’opposent à la « campagne de délations » apparue après l’affaire Weinstein.
  • Des nombreux médias étrangers ont relayé l’information.

« Catherine Deneuve dit qu’on devrait laisser les hommes draguer les femmes », titre The Guardian mardi. De son côté, The New York Times laisse deviner une légère critique, en comparant la France et les Etats-Unis. « Un jour à peine après les Golden Globes où Hollywood s’est mobilisé en faveur de #metoo, une actrice célèbre de l’autre côté de l’Atlantique signe une tribune pour dénoncer le mouvement et son équivalent français, #balancetonporc », écrit le journal en introduction de son article.

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« La drague insistante ou maladroite n’est pas un délit »

Cette actrice, c’est Catherine Deneuve, connue dans le monde entier pour sa prestigieuse carrière au cinéma dans les années 1960 et 1970 (et après). « Elle a toujours défendu les droits des femmes, mais elle connaît aussi l’hypocrisie qui existe sur tout ce qui concerne la sexualité dans les pays anglo-saxons », insiste Bernard Violet, auteur de la biographie Deneuve, l’affranchie (Flammarion). Publiée par Le Monde, la tribune, signée par une centaine de femmes, dont Brigitte Lahaie et Catherine Millet, défend la « liberté d’importuner » des hommes et s’oppose à la « campagne de délations » apparue après l'affaire Weinstein. « Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste », écrivent les signataires.

Au lendemain d’une cérémonie des Golden Globes aux discours très engagés – la promesse d’une « aube nouvelle » pour les femmes d’Oprah Winfrey a particulièrement ému — la tribune du Monde fait réagir dans les médias anglo-saxons. Le nom de Catherine Deneuve qui, jadis signait le Manifeste des 343 salopes appelant à la dépénalisation et la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, éclipse d’ailleurs tous les autres. Les articles citent un seul nom, celui de Catherine Deneuve, érigée en leader du mouvement.

« Catherine Deneuve, permettez-moi de vous expliquer »

Van Badham, auteure et dramaturge australienne, s’adresse directement à l’interprète de Belle de jour dans les colonnes du Guardian. « Catherine Deneuve, permettez-moi de vous expliquer pourquoi #metoo n’a rien d’une "chasse aux sorcières" ». Après avoir repris les arguments de la lettre ouverte, elle répond.

« Celles d’entre nous qui ont été serveuses, vendeuses, soldates, scientifiques, étudiantes (et toutes les autres) et qui ont été "importunées", ont dit "non", ont essayé de partir, n’ont pas consenti, ne voulaient clairement pas être là, et ont été ignorées. La "liberté sexuelle" est le droit de déterminer votre propre comportement sexuel, sans coercition. Oserais-je suggérer que celles qui n’ont pas de pouvoir comprennent cela avec plus de finesse que les autres. »

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De son côté Asia Argento, l’une des premières à avoir parlé de l’affaire Weinstein à visage découvert, tweete : « Catherine Deneuve et d’autres françaises expliquent au monde comment la misogynie intériorisée les a lobotomisées au point de non-retour ».

Bernard Violet a une autre interprétation. « Catherine Deneuve a toujours considéré qu’elle seule décidait de sa propre existence et estime - peut-être maladroitement - que toutes les femmes peuvent suivre son exemple d’affranchie. » Aux Etats-Unis, le silence de Meryl Streep après le scandale Harvey Weinstein avait créé une vive polémique. Une tribune qui qualifie #balancetonporc de « campagne de délations » ne pouvait pas passer inaperçue.